Cependant les magistrats étaient assis sur le tribunal, et faisaient
comparaître ceux qu'on avait arrêtés à la fin de la sédition et la
nuit suivante. Ils déployaient toute l'horreur des supplices. On
pouvait leur reprocher de n'avoir rien fait pour empêcher le crime:
cette crainte les rendait plus implacables; ils croyaient faire leur
apologie en punissant avec rigueur. Les fouets armés de plomb, les
chevalets, les torches ardentes, toutes les tortures redoutables à
l'innocence même étaient mises en œuvre pour arracher l'aveu du crime
et des complices. Tout ce qui restait de citoyens dans la ville était
assemblé aux portes du prétoire, dont les soldats gardaient l'entrée.
Là, plongés dans un morne silence, se regardant les uns les autres avec
une défiance mutuelle, les yeux et les bras levés vers le ciel, ils
le conjuraient avec larmes d'avoir pitié des accusés, et d'inspirer
aux juges des sentiments de clémence. La voix des bourreaux, le bruit
des coups, les menaces des magistrats les glacent d'effroi; ils
prêtent l'oreille à toutes les interrogations; à chaque coup, à chaque
gémissement qu'ils entendent, ils tremblent pour leurs parents, pour
eux-mêmes; ils craignent d'être nommés entre les complices; mais rien
n'égale la douleur des femmes: enveloppées de leurs voiles, se roulant
à terre, et se traînant aux pieds des soldats, elles les supplient en
vain de leur permettre l'entrée; elles conjurent les moindres officiers
qui passent devant elles, de compatir au malheur de leurs proches,
et de leur prêter quelque secours: entendant les cris douloureux de
leurs pères, de leurs fils, de leurs maris, elles y répondent par des
cris lamentables; elles ressentent au fond de leurs cœurs tous les
coups dont ils sont frappés; et les dehors du prétoire présentent un
spectacle aussi déplorable que les rigueurs qu'on exerce au-dedans.
[Note latérale: XXVI.