On remarqua que les femmes de la plus vile populace, qui ont coutume
de signaler leur rage dans ces émeutes soudaines, ne prirent aucune
part à celle-ci. L'agitation qui subsistait encore dans les esprits
après tant de secousses violentes, fit, comme il arrive souvent,
imaginer des fantômes et des prodiges bizarres. On ne pouvait croire
que ce désordre n'eût pas été produit par une puissance surnaturelle.
Le bruit courut que dans le fort du tumulte, on avait vu un vieillard
d'une taille gigantesque, monté sur un puissant cheval; et que s'étant
changé d'abord en jeune homme, ensuite en enfant, il avait disparu. On
disait encore que la nuit d'auparavant, on avait aperçu au-dessus de la
ville une femme horrible à voir et d'une grandeur effrayante; que ce
spectre avait passé sur toutes les rues en frappant l'air d'un fouet
avec un bruit affreux. Ce n'était rien moins dans l'idée du peuple
qu'un monstre infernal qui excitait les esprits à la fureur, de la même
manière que les valets de l'amphithéâtre animaient à grands coups de
fouet la rage des bêtes féroces dans les spectacles. Selon saint Jean
Chrysostôme, il n'était pas besoin que le démon courût dans l'air;
c'était assez qu'il entrât dans leur cœurs et qu'il y soufflât le feu
de la révolte. Elle avait commencé au point du jour; à midi le calme
était rétabli dans la ville.
[Note latérale: XXIII.
Crainte des habitants.
Chrysost. Hom. 3, c. 6, t. 2, p. 44; h. 6, c. 2, p. 75.
Liban. or. 12, t. 2, p.398, 13, p. 407; 20, p. 516; 21, p. 527.