Ce dernier excès d'insolence effraya les coupables eux-mêmes. La vue
des images d'un empereur si respectable, brisées et mises en pièces
les frappa d'horreur, comme s'ils eussent vu les membres du prince
même épars et déchirés. Pâles et tremblants, la plupart s'enfuient
et se renferment. La sédition se ralentissait; mais elle n'était pas
encore apaisée. Une troupe des plus opiniâtres s'assemble autour de
la maison d'un des principaux sénateurs qui, se tenant renfermé chez
lui, paraissait condamner la révolte. Ils y mettent le feu. Pendant
l'emportement du peuple, les plus sages citoyens n'avaient osé
s'exposer: les magistrats, cachés dans leurs maisons, ne songeaient
qu'à conserver leur vie. Ne pouvant se concerter ensemble, ni prendre
aucune mesure, ils en étaient réduits à faire des vœux au ciel.
Quantité de voix appelaient en vain le gouverneur. Quoique ce fût un
officier vaillant et qui s'était signalé dans la guerre, cependant il
n'osa se montrer jusqu'au moment où il apprit que la plus grande fougue
du peuple était passée, et que la maison du sénateur n'était attaquée
que par une poignée de misérables. Il s'y transporta à la tête de sa
garde. Il n'en coûta que deux coups de flèches pour dissiper ce reste
de séditieux. Le comte d'Orient qui commandait les troupes, et qui
n'avait pas montré plus de hardiesse, vint alors se joindre à lui. On
les blâma tous deux dans la suite, de n'avoir pas affronté le péril
pour défendre les statues de l'empereur, et pour épargner à la ville
un si criminel attentat. Leurs soldats poursuivirent les mutins qui
fuyaient devant eux. On en prit un grand nombre qui furent aussitôt
enfermés dans les prisons.
[Note latérale: XXII.
Prodiges fabuleux.
Liban. or. 12. t. 2, p. 396.