Ces chants étaient interrompus par les gémissements du peuple. Pour le
consoler et le contenir en même temps dans les bornes de la soumission
due aux souverains, saint Ambroise montait de temps en temps dans
la tribune, et tâchait de faire passer dans le cœur des fidèles la
sainte assurance dont le sien était rempli: _Je ne consentirai jamais
à vous abandonner_, leur disait-il; _mais je n'ai contre les soldats
et les Goths d'autres armes que des prières au Dieu que nous servons.
Telle est la défense d'un prêtre. Je ne puis ni ne dois combattre
autrement. Je ne sais ni fuir par crainte, ni opposer la force à la
force. Vous savez que j'ai coutume d'obéir aux empereurs, mais je ne
veux leur sacrifier ni ma religion ni ma conscience. La mort qu'on
endure pour Jésus-Christ n'est pas une mort, c'est le commencement
d'une vie immortelle._ Pendant qu'il parlait, l'église fut investie
de soldats que la cour envoyait pour garder les portes, et empêcher
les catholiques d'en sortir. _J'entends_, disait Ambroise, _le bruit
des armes qui nous environnent; ma foi n'en est pas effrayée. Je ne
crains que pour vous; laissez-moi combattre seul. L'empereur demande
l'église et les vases sacrés; ô prince, demandez-moi mes biens, mes
terres, ma maison, ce que j'ai d'or et d'argent: je vous l'abandonne.
Pour les richesses du Seigneur, je n'en suis que dépositaire; il vous
est aussi pernicieux de les recevoir qu'à moi de vous les donner. Si
vous me demandez le tribut, nous ne vous le refusons pas; les terres
de l'église payent le tribut. Si vous voulez nos terres, vous avez le
pouvoir de les prendre; nous ne nous y opposons pas; les collectes du
peuple suffiront pour nourrir les pauvres._ Ces paroles généreuses
étaient reçues avec de grands applaudissements. Les soldats qui étaient
au dehors, pleins de respect pour celui même qu'ils tenaient assiégé,
joignaient leurs acclamations à celles du peuple; et ce concert
alarmait Justine.
[Note latérale: V.