Valentinien désespérant de réussir par la terreur, et n'osant en venir
aux dernières violences, envoya sommer Ambroise de se rendre devant lui
pour disputer contre Auxentius, se réservant le pouvoir de décider par
son autorité souveraine. Ambroise s'excusa d'aller au palais y plaider
la cause de Dieu devant l'empereur ni devant aucuns juges séculiers. Il
représenta que les contestations qui concernent la foi ne doivent se
traiter qu'en présence des évêques, et il offrait à Auxentius d'entrer
en dispute avec lui devant un concile. Justine ne trouvant plus de
ressource ni dans ses menaces ni dans ses artifices, conçut le dessein
de faire assassiner Ambroise. Elle s'occupait de cette affreuse pensée,
lorsque les miracles qui s'opérèrent à la découverte des corps de
saint Gervais et de saint Protais, l'effrayèrent sans la changer. En
vain les Ariens s'efforçaient de tourner en ridicule des prodiges que
tout le peuple attribuait à la sainteté de l'évêque aussi-bien qu'aux
mérites des deux martyrs. L'impératrice n'osa combattre plus long-temps
le prélat; elle le laissa en possession de toutes les églises de Milan.
[Note latérale: VI.
Maxime s'intéresse pour les catholiques.
Epist. Rom. Pontif. t. 1.
Ruf. l. 12, c. 16.
Theod. l. 5, c. 14.
Baronius.
[Till. vie de S. Ambr. art. 48.]]
Les remontrances de Maxime firent peut-être sur l'esprit de Justine
encore plus d'impression que les miracles; elle le craignait, et ne
voulait lui donner aucun prétexte de prendre les armes. Ce tyran fut
bien aise de saisir cette occasion de faire une action digne d'un
prince légitime, pour diminuer, s'il était possible, l'odieux de son
usurpation: il conjura Valentinien de cesser la guerre qu'il faisait
à la vérité. On a conservé sa lettre dans laquelle il proteste de sa
sincérité, et déclare que le seul motif qui le fasse agir est le vif
intérêt qu'il prend à la prospérité de Valentinien; que s'il eût formé
quelque dessein sur l'Italie, il ne devrait songer qu'à entretenir
le feu de la division que le jeune prince allumait lui-même dans ses
états: _C'est une chose infiniment périlleuse_, ajoutait-il, _de
toucher à ce qui regarde Dieu_.
[Note latérale: VII.
Actions de piété de Valentinien.
Prudent. περὶ στεφ. hymn. 6.
Grut. inscr. p. 1170, n. 6.
Baronius.
Till. Théod. art. 29.