La fête de Pâques approchait. C'était le temps où les Ariens avaient
coutume de redoubler leurs efforts pour se rendre maîtres des églises.
L'empereur presse de nouveau Ambroise de leur céder la basilique
Porcienne. Le prélat résiste; il offre au prince de lui abandonner les
terres de l'église; mais il refuse de livrer la maison de Dieu. Justine
lui fait donner ordre de sortir de Milan; on le menace de la mort s'il
n'obéit; il se détermine à ne point partir, et à se laisser enlever de
force plutôt que de se rendre coupable de l'usurpation de la basilique.
Il répond aux officiers de Justine: _Qu'il respecte l'empereur; mais
qu'il craint Dieu plus que le prince; qu'il ne peut abandonner son
église; que la violence pourra bien en séparer son corps, mais non pas
son esprit; que si le prince fait usage du pouvoir impérial, il ne lui
opposera que la patience épiscopale_. Le peuple, résolu de mourir avec
son évêque, accourt à l'église; il y passe plusieurs jours et plusieurs
nuits. Les églises étaient alors accompagnées d'un vaste enclos, qui
renfermait plusieurs bâtiments pour le logement de l'évêque et du
clergé. Tant que durèrent les attaques de Justine, le peuple ne sortit
pas de cette enceinte; et il en restait toujours un grand nombre dans
l'église même, où prosternés au pied des autels, qu'ils baignaient de
leurs larmes, ils imploraient pour eux et pour leur évêque le secours
du ciel. Ce fut en cette rencontre que, pour occuper le peuple et
dissiper l'ennui d'une si longue résidence, saint Ambroise fit pour la
première fois chanter des hymnes: il en composa lui-même qui firent
dans la suite partie de l'office de l'église. Il introduisit aussi le
chant des psaumes à deux chœurs; et cette coutume déja établie dans les
églises orientales, se répandit de Milan dans tout l'Occident.
[Note latérale: IV.