Au commencement de l'an 386, Honorius, âgé seulement de quinze à seize
mois, reçut le titre de consul, qui lui avait été dès sa naissance
destiné pour cette année. Il eut pour collègue Évodius, préfet du
prétoire de Maxime; et cette union prouve que Théodose vivait en paix
avec le tyran, et qu'il le reconnaissait pour empereur. L'impérieuse
Justine n'avait pas renoncé au dessein de rendre à l'Arianisme la
supériorité dont il avait joui sous le règne de Constance et sous
celui de Valens. Elle employait toute l'autorité de son fils pour
troubler la paix des églises; elle menaçait d'exil les évêques, s'ils
n'adhéraient aux décrets de Rimini; elle attaquait Ambroise par des
outrages publics et par de sourdes intrigues; elle tâchait de semer
parmi le peuple l'esprit de discorde; et regardant comme un affront le
peu de succès de ses cabales, elle excitait son fils à la venger du mal
qu'elle ne pouvait faire. Les Ariens et les courtisans, esclaves de la
faveur, secondaient sa passion. Tout était odieux dans Ambroise: on
noircissait ses vertus mêmes; c'était un factieux, un rebelle, qui ne
cherchait par ses aumônes qu'à se faire des créatures. Pour lui, loin
de s'en alarmer: _C'est un reproche_, disait-il, _dont je n'ai garde de
rougir; et plaise à Dieu que je puisse toujours le mériter. Si c'est un
crime de vouloir acheter par mes aumônes l'assistance et l'appui des
indigents auprès du maître des empires, je m'avoue coupable; c'est en
effet ce que je cherche. Ces aveugles, ces boîteux, ces malades, ces
vieillards sont de plus puissants défenseurs que les plus vaillants
guerriers._
[Note latérale: II.
Valentinien les autorise par une loi.
Cod. Th. l. 16, tit. 1, leg. 4, tit. 4, leg. 1.
Ambr. ep. 21, t. 2, p. 860.
Ruf. l. 12, c. 16.
Gaud. præf. serm. ad Benev. Bibl. Pat. t. 2.
Soz. l. 7, c. 13.
Baronius.
[Till. vie de S. Ambr. art. 43.]]
Le jeune prince entra dans la passion de sa mère. Résolu de la
seconder de toute sa puissance, il approuva le projet d'une ordonnance
dressée par Auxentius, évêque de Milan, pour les Ariens. L'empereur
se déclarait pour la foi du concile de Rimini; il permettait aux
Ariens de s'assembler; il défendait aux catholiques, sous peine de
mort, de les troubler dans l'exercice du culte public, et même de
présenter contre eux aucune requête. Pour rédiger cette disposition et
y donner la forme de loi, Justine s'adressa à Bénévolus, secrétaire
des brevets[626]. Celui-ci, né à Brescia [_Brixia_], en Italie, et
instruit de la foi de Nicée par le saint évêque Philastrius, refusa de
prêter son ministère à l'hérésie: et comme l'impératrice le pressait
d'obéir, en lui promettant un emploi plus élevé: _C'est en vain_, lui
dit-il, _qu'on tente de m'éblouir; il n'est point de fortune qui mérite
d'être achetée par une action impie; ôtez-moi plutôt la charge dont je
suis revêtu, pourvu que vous me laissiez ma foi et ma conscience_. En
parlant ainsi, il jeta aux pieds de Justine la ceinture qui était la
marque de son office. Il ne fut pas difficile de trouver à la cour un
ministre plus flexible et plus complaisant. La loi fut publiée le 23 de
janvier[627]; elle répandit la joie et la confiance parmi les Ariens,
et la consternation dans l'église catholique.
[Note 626: _Tunc memoriæ scriniis præsidenti_, dit Rufin, l.
12, c. 16. S. Gaudence de Brixia l'appelle simplement _magister
memoriæ_.--S.-M.]
[Note 627: Cette loi fut donnée à Milan. Les autres lois de cette
époque font voir que Valentinien se trouvait à Pavie, le 15 février
suivant, à Aquilée le 20 avril, à Milan dans les mois de juin et de
juillet, à Aquilée le 3 novembre, à Milan le 18 du même mois, et le 3
décembre.--S.-M.]
[Note latérale: III.
Nouvelles entreprises contre saint Ambroise.
Ambr. ep. 21, t. 2, p. 860, et contra Aux. p. 863-874.
Aug. conf. l. 9, c. 7, t. 1, p. 162, et de Civ. l. 22, c. 8, t. 7, p.
663.
Hermant, vie de S. Ambr. l. 4, c. 12, 13, 15, 16, 19.