Marc. chron.]

Tel était alors l'aveuglement de ce prince, que la faiblesse de son

âge assujettissait aux caprices d'une mère impérieuse. Théodose était

bien capable de lui ouvrir les yeux, et d'arrêter les emportements de

Justine, mais il respectait la veuve de Valentinien, et connaissait

assez son caractère hautain et jaloux, pour craindre de l'offenser,

s'il jetait ses regards sur l'Occident, qu'elle gouvernait. Il ne

sortit pas cette année de Constantinople, et remporta en Orient, par

ses généraux, quelques victoires, dont les annales de ce temps-là ne

marquent aucune circonstance. Mais cette joie fut troublée dans sa

maison par deux afflictions très-sensibles: il perdit d'abord sa fille

Pulchérie. Cette jeune princesse donnait dès l'âge de six ans, les

plus heureuses espérances; elle avait toutes les graces de la beauté;

on voyait éclore en elle de jour en jour toutes les vertus de sa

mère. Saint Grégoire de Nysse prononça son oraison funèbre, et rendit

bientôt le même devoir à Flaccilla. Cette grande et sainte impératrice

ne survécut pas long-temps à sa fille: elle mourut à Scotume[623] en

Thrace, où elle était allée prendre les eaux minérales. Son corps

fut rapporté à Constantinople. Elle fut honorée des larmes de tout

l'empire, qui perdait en elle un ferme soutien des vertus de Théodose.

Les pauvres surtout la pleurèrent; elle les aimait avec tendresse; ils

n'avaient besoin auprès d'elle d'aucune autre recommandation que de

leur misère, de leurs infirmités, de leurs blessures; sans gardes et

sans suite, elle passait des jours entiers dans les hôpitaux, servant

elle-même les malades, et leur rendant les plus humbles offices, que

ses mains ennoblissaient. Comme on lui représentait un jour que ces

fonctions ne s'accordaient pas avec la majesté impériale, et qu'il

lui suffisait d'assister les pauvres de ses aumônes: _Ce que je leur

donne_, dit-elle, _n'est que pour le compte de l'empereur, à qui l'or

et l'argent appartiennent. Il ne me reste que le service de mes mains,

pour m'acquitter envers celui qui nous a donné l'empire et qui leur a

transporté ses droits_. Elle visitait fréquemment les prisonniers, et

travaillait à leur délivrance. Sa mémoire est encore en vénération

dans l'église grecque, qui célèbre sa fête le 14 septembre, qu'on croit

être le jour de sa mort. Elle laissait deux fils; quelques auteurs y en

ajoutent un troisième, nommé Gratien; mais ce dernier, qui mourut avant

son père, naquit de la seconde femme de Théodose. Arcadius commençait

sa huitième année; Honorius n'avait encore qu'un an; l'empereur le mit

entre les mains de sa nièce Séréna. Flaccilla laissait encore dans le

palais un neveu qu'elle avait pris soin d'élever avec Arcadius; c'était

Nébridius. Théodose lui procura quelques années après une alliance

illustre, en lui faisant épouser Salvina, fille de Gildon, prince

maure et comte d'Afrique. Nébridius fut revêtu en 396 de la dignité de

proconsul d'Asie. Saint Jérôme parle avec éloge de sa vertu. Un palais

que Flaccilla avait fait bâtir à Constantinople, conserva dans la suite

le nom de cette princesse. On lui avait de son vivant érigé une statue:

elle était placée dans le sénat avec celle de son mari et de son fils

Arcadius.

[Note 623: Ce lieu, dit S. Grégoire de Nysse, _de Flaccilla_, t.

3, p. 527, était appelé _Scotoumin_, dans la langue des habitants de

la Thrace, ἀκούω γὰρ, dit-il, κατὰ τὴν πάτριον ἀυτῶν γλῶσσαν Σκότουμιν

τόν τόπον ἐπονομάζεσθαι. La position de cet endroit est tout à fait

inconnue.--S.-M.]

[Note latérale: LVIII.

Lois de Théodose.

Cod. Th. l. 9. tit. 7, leg. 4, 5, 6, 7, 8, 9.

Cod. Just. l. 1, tit. 26, leg. 3, tit. 9, leg. 7.

God. ad Cod. Th. t. 4, p. 449.

Liban. or. 18, t. 2, p. 447.

Histoire du Bas-Empire. Tome 04 · 第 242 / 388 题