La douleur de Théodose ne lui faisait pas perdre de vue le bon ordre
de l'empire et les devoirs du souverain. Tisamène gouvernait la Syrie
avec une dureté insupportable; il n'avait aucun égard aux lois que
l'empereur avait publiées pour le soulagement de ses peuples, et sous
le règne d'un prince rempli d'humanité, la Syrie ressentait tout le
poids de la tyrannie. Libanius en adressa des plaintes à l'empereur,
par un discours, où il demandait au nom de la province, la déposition
de ce magistrat inhumain. On ne sait pas de quelle manière fut traité
Tisamène; mais nous avons une loi du 9 décembre de cette année, par
laquelle Théodose donne ordre au préfet du prétoire de destituer tous
les juges qui seront devenus odieux par leurs concussions, ou même
inutiles par leur négligence ou par une longue maladie; il lui permet
d'en nommer d'autres en leur place, et de punir ceux qui se trouveront
coupables; il lui ordonne de ne faire à l'empereur le rapport de leur
crime, qu'en lui annonçant leur châtiment. Deux jours après, il fit
contre l'adultère une autre loi, qui ordonne de mettre à la torture
pour tirer la preuve de ce crime, non-seulement les esclaves du mari
accusateur, mais aussi ceux de la femme accusée. Ce prince témoigna
toute sa vie une extrême horreur de ce désordre, et de tous ceux
qui souillent la pureté des mœurs. Il écarta par ses lois tous les
subterfuges, tous les délais qui pouvaient ou en éluder ou en retarder
la punition. Il défendit aux Juifs la polygamie[624], et ordonna que
les abominations contraires à la nature seraient expiées en place
publique par le supplice du feu[625].
[Note 624: Par une loi rendue à Constantinople le 30 décembre
393.--S.-M.]
[Note 625: Cette loi fut publiée à Rome, le 14 mai 390.--S.-M.]