L'orage paraissait apaisé. Deux jours se passèrent sans nouvelle
entreprise. Mais saint Ambroise connaissait Justine; il attendait
constamment dans sa maison les effets de la vengeance de cette
princesse; lorsque le mercredi saint, les soldats prirent possession
de la basilique neuve. Ils obéissaient aux ordres du prince, mais à
regret; ils étaient catholiques, et tandis que leurs armes menaçaient
leur évêque, leurs vœux le favorisaient. Ils firent dire à l'empereur,
que s'il voulait venir à l'assemblée des catholiques, ils étaient
prêts de l'accompagner; qu'autrement, ils allaient se joindre au
peuple pour assister au service divin que l'évêque célébrait dans
l'ancienne basilique. Les courtisans commençant à trembler pour
eux-mêmes, changeaient de langage; ils tâchaient d'adoucir Justine.
Les Ariens n'osaient se montrer. Ambroise fait signifier aux soldats
qui entourent la basilique neuve, qu'il les sépare de sa communion.
Aussitôt la plupart abandonnent leur poste et se rendent à l'église où
était saint Ambroise. Leur arrivée apporte l'alarme; mais ils rassurent
les fidèles en déclarant qu'ils ne viennent que pour prier avec eux.
La cour avait tout à craindre, si le peuple eût eu un chef moins
respecté, ou capable d'interpréter au gré de la passion, les maximes de
l'évangile. Ambroise, maître de lui-même et des autres, les arrêtait
sur les justes bornes qui séparent la résistance chrétienne d'avec la
rébellion, bornes si étroites et si difficiles à ne pas franchir. Comme
si l'empereur eût été présent, on criait de toutes parts: _Prince,
nous n'employons envers vous que les prières; nous n'avons pas la
témérité de combattre contre vous; mais aussi nous ne craignons pas la
mort. Écoutez nos supplications; c'est la religion attaquée qui vous
présente sa requête._ On souhaitait que saint Ambroise se transportât
à la basilique neuve, près de laquelle une autre troupe de peuple
l'attendait; il refusa d'y aller, de crainte que sa présence n'allumât
la sédition; et pour occuper les esprits, et amortir tant de mouvements
divers dont les cœurs étaient agités, il monta dans la tribune, et se
mit à instruire son peuple aussi tranquillement que s'il eût été en
pleine paix.
[Note latérale: LVI.