Justine n'était pas de caractère à se contenter d'une première
tentative. Comme si elle eût voulu punir Ambroise de sa résistance,
elle lui envoya demander de la part de l'empereur une autre basilique,
nommée _la Neuve_, plus grande que la première et renfermée dans
l'enceinte de la ville. Ambroise répondit, qu'il n'était permis ni à
l'évêque de donner une église, ni à l'empereur de la recevoir: _Vous
n'avez pas droit_, ajouta-t-il, _d'ôter à un particulier sa maison;
et de quel droit l'ôteriez-vous à Dieu?_ Les courtisans dans leur
langage servile répondirent que tout était permis à l'empereur, que
tout lui appartenait: _Mais_, dit Ambroise, _Dieu est le souverain du
prince; il a ses droits dont le prince n'est pas le maître_. Néotérius,
préfet du prétoire, vient le lendemain à l'église, où le peuple
était assemblé avec son évêque; il conseille de livrer au moins la
basilique Porcienne; qu'il fera en sorte que l'empereur veuille bien
s'en contenter. La proposition est rejetée avec de grands cris, et le
préfet obligé de se retirer. Le jour suivant, sixième d'avril (c'était
le dimanche des Rameaux), les Ariens s'emparent de la basilique
Porcienne: le peuple se soulève; il les chasse, il se saisit d'un de
leurs prêtres nommé Castulus, et l'allait mettre en pièces, si saint
Ambroise, qui célébrait alors le saint sacrifice, en étant promptement
averti, n'eût envoyé aussitôt des prêtres et des diacres pour le tirer
de leurs mains. La cour fit arrêter et charger de chaînes un grand
nombre d'habitants. Ces violences allaient allumer une sédition: le
saint évêque vint cependant à bout de la prévenir; mais il persista à
ne point céder la basilique; et la nuit étant survenue, mit fin aux
contestations.
[Note latérale: LV.