Cette promesse n'était qu'une feinte de Justine: elle accusait saint
Ambroise d'être l'auteur de l'émeute; elle tâchait même de soulever le
peuple contre lui, et prodiguait dans cette vue les caresses et les
présents. Elle offrait des dignités à quiconque serait assez hardi
pour le tirer de l'église où il se tenait renfermé, et le conduire
en exil. Un officier nommé Euthymius se chargea de l'enlever; il alla
se loger près de l'église, et tint un chariot préparé. Son projet
fut découvert; le peuple prit l'alarme; et le courtisan craignant
pour lui-même, se retira au palais. L'année suivante à pareil jour,
Euthymius, ayant encouru la disgrace du prince, fut arrêté et conduit
en exil sur le même chariot. Ambroise le fit alors repentir de son
mauvais dessein, par la vengeance la plus digne d'une ame généreuse, et
la seule que permette le christianisme: il le consola, il s'empressa
de lui fournir de l'argent et tout ce qui lui était nécessaire pour
adoucir sa disgrace. Auxentius de son côté servait le parti arien
de tout ce qu'il avait de talents; il prêchait tous les jours et ne
persuadait personne.
[Note latérale: LIV.