Tandis que Maxime défendait en apparence la foi catholique, Justine
l'attaquait véritablement, et abusait de l'autorité de son fils pour
relever le parti des Ariens. La fermeté de Valentinien son mari
l'avait obligé de se contraindre tant qu'il avait vécu: elle n'avait
pas trouvé Gratien plus disposé à seconder ses intentions. Mais
après la mort de ce prince, lorsqu'elle crut la puissance de son
fils affermie par le traité conclu avec Maxime, elle leva le masque,
et se déclara hautement protectrice de l'Arianisme. Sa vivacité
naturelle était encore animée par les dames de la cour qui, depuis
la séduction d'Arius, s'étaient transmis comme de main en main le
poison de cet hérésiarque. Elle n'eut pas de peine à se faire obéir
du jeune Valentinien, esprit doux, facile, soumis sans réserve aux
volontés de sa mère. Il était bien d'une autre difficulté de subjuguer
Ambroise. Elle n'avait à lui opposer qu'un adversaire fort inégal dans
la personne d'Auxentius, que les Ariens avaient choisi pour être leur
évêque. Il était Scythe de nation, et se nommait Mercurinus. Mais ayant
été contraint de quitter son pays à cause de ses crimes, il avait
changé de nom, et pris celui de l'évêque Arien, auquel Ambroise avait
succédé. Ce faux prélat, sans talents, comme sans mœurs, faisait peu
de prosélytes: il ne comptait entre les siens aucun des habitants de
la ville. Tout son troupeau se réduisait à un petit nombre d'officiers
de la cour, et à quelques Goths. Il n'avait d'autre église que
l'appartement ou le chariot de Justine[620], qu'il accompagnait dans
ses voyages[621].
[Note 620: L'impératrice en usait sans doute ainsi à l'imitation
des Goths, dont les habitudes nomades ne permettaient pas qu'ils
eussent d'autre église qu'une tente qui les suivait dans tous leurs
déplacemens. Les Goths attachés au service impérial, avaient à ce qu'il
paraît conservé cet usage.--S.-M.]
[Note 621: _Prodire de Arianis nullus audebat; quia nec quisquam de
civibus erat, pauci de familia regia, nonnulli etiam Gothi. Quibus ut
olim plaustra sedes erat, ita nunc plaustrum Ecclesia est. Quocumque
femina ista processerit, secum suos omnes cœtus vehit._ Ambr., ep. 14,
t. 2, pag. 855.--S.-M.]
[Note latérale: LII.