Till. vie de S. Martin. art. 9, 10.]

Mais personne ne témoigna contre ce prélat sanguinaire, plus

d'indignation que saint Martin. Dans le temps même que le synode de

Trèves était assemblé, ce saint évêque vint à la cour pour intercéder

en faveur de Narsès et de Leucadius[617]. Ces deux comtes allaient

périr, parce qu'ils avaient été fidèles à Gratien. Les amis d'Ithacius

venaient d'engager Maxime à envoyer des tribuns en Espagne, pour juger

souverainement les Priscillianistes, et leur ôter les biens et la vie.

C'était mettre en péril les plus innocents; car on confondait alors

avec ces hérétiques tous ceux dont l'extérieur portait des marques

de mortification. Dès que ces prélats apprirent que saint Martin

approchait de Trèves, persuadés qu'il s'opposerait à l'exécution de ces

ordres violens, ils lui firent interdire l'entrée de la ville au nom

de l'empereur, s'il ne consentait à s'accorder avec eux. Saint Martin

ayant répondu d'une manière qui ne l'engageait pas, entra dans Trèves,

alla au palais, demanda la grace des deux comtes et la révocation des

commissaires nommés pour l'Espagne. Maxime différa de lui répondre

sur ces deux points, et saint Martin rompit toute communication avec

Ithacius et ses partisans, qu'il traitait de meurtriers. Ceux-ci s'en

plaignirent amèrement à Maxime: _Nous sommes_, lui dirent-ils, _perdus

sans ressource, si vous ne forcez l'évêque de Tours à communiquer

avec nous; son exemple va former contre nous un préjugé universel.

Martin n'est plus seulement le fauteur des hérétiques; il s'en déclare

le vengeur: lui laisser ce pouvoir, c'est ressusciter Priscillien_.

Ils le suppliaient avec larmes de faire encore usage de sa puissance

pour abattre un séditieux. Il ne tint pas à ces hommes injustes et

inhumains, que Martin ne fût confondu avec les sectaires; mais le

tyran respectait sa vertu. Il le manda: il lui parla avec douceur;

il tâcha de lui faire approuver le traitement fait aux hérétiques;

et le voyant inflexible, il entra dans une furieuse colère, quitta

brusquement l'évêque, et donna ordre de mettre à mort Narsès et

Leucadius. A cette nouvelle, Martin retourna promptement au palais; il

promit de communiquer avec les autres évêques, si l'empereur pardonnait

aux deux comtes, et s'il révoquait l'ordre donné aux deux tribuns.

Maxime accorda tout. Martin rentra le lendemain en communion avec les

Ithaciens; mais il partit le jour d'après, pénétré d'un vif repentir de

s'être laissé entraîner à cette condescendance, qu'il se reprocha toute

sa vie. Saint Ambroise témoigna deux ans après plus de fermeté. Il aima

mieux sortir de la cour de Maxime, où il était retenu par un intérêt

important, que de communiquer avec les évêques qui avaient fait périr

Priscillien.

[Note 617: Voyez ci-devant, p. 245, n. 1, liv. XXII, § 5.--S.-M.]

[Note latérale: XLIX.

Le supplice des Priscillianistes étend leur hérésie.

Sulp. Sev. l. 2, c. 66.

Idat. chron.

Cod. Th. l. 16, tit. 5, leg. 40, 43, 48, 59, 65.

Histoire du Bas-Empire. Tome 04 · 第 233 / 388 题