Ithacius attendit l'événement de la guerre civile. Après la mort
de Gratien, lorsque Maxime eut choisi la ville de Trèves pour sa
résidence, l'évêque vint faire sa cour au tyran, et lui présenta une
requête dans laquelle il faisait une affreuse peinture des crimes de
Priscillien et de sa secte. Maxime, qui affectait un grand zèle pour la
foi et la discipline de l'église, manda aussitôt au préfet des Gaules
et au vicaire d'Espagne, de faire transférer tous ces hérétiques à
Bordeaux [_Burdigala_], où se devait assembler un concile. L'ordre fut
exécuté. Instantius tenta en vain de se justifier devant le concile:
il fut déclaré déchu de l'épiscopat. Priscillien, pour éviter la même
condamnation, refusa de répondre, et en appela à l'empereur. Le concile
eut égard à son appel; il s'abstint de prononcer contre lui, et toute
l'église blâma ces évêques d'avoir renvoyé à la puissance séculière
une cause ecclésiastique. On conduisit donc à la cour de Maxime,
et le chef et les sectateurs. Idatius et Ithacius les y suivirent
pour les accuser, et montrèrent, par un acharnement qui n'avait rien
d'apostolique, que la passion les animait plutôt que le zèle de la
vérité. Ithacius, le plus violent des deux, était un homme de peu de
jugement, hardi, hautain, grand parleur, aimant la dépense et la bonne
chère. Il voyait partout le Priscillianisme; la science, la régularité
des mœurs, l'extérieur mortifié n'osaient paraître à ses yeux sans être
soupçonnés d'hérésie.
[Note latérale: XLIV.
S. Martin s'efforce de sauver la vie aux hérétiques.
Sulp. Sev. l. 2, c. 65.