Mais Instantius, Salvianus et Priscillien prirent le chemin de Rome,
se flattant de tromper le pape Damase. En traversant l'Aquitaine,
ils y semèrent leurs erreurs, surtout dans la ville d'Eause [Elusa],
alors métropole de la troisième Aquitaine. Saint Delphin évêque de
Bordeaux, leur ferma l'entrée de sa ville; mais ils séjournèrent
quelque temps dans le voisinage, sur les terres d'Euchrocia, veuve
d'Atticus Tyro Delphidius, qui avait professé l'éloquence à Bordeaux
avec réputation. Cette femme, fortement entêtée de la nouvelle
doctrine, se mit à la suite de ces fanatiques avec sa fille Procula,
qui s'abandonna si aveuglément à Priscillien, qu'elle devint enceinte,
et se procura l'avortement pour sauver l'honneur de l'un et de l'autre.
Ce nouveau crime fut inutile, et n'étouffa pas le bruit de leur infame
commerce. Arrivés à Rome, ils ne purent obtenir audience de Damase.
Ils allèrent à Milan, où saint Ambroise ne les rejeta pas avec moins
d'horreur. Ils s'adressèrent à la cour, où ils espéraient que l'argent
et l'intrigue leur procureraient plus de faveur. Ils ne se trompaient
pas. Macédonius, maître des offices, gagné par leurs présents, obtint
de Gratien un nouveau rescrit qui révoquait le précédent, et les
rétablissait dans leurs églises. En vertu de cet ordre, Instantius et
Priscillien retournèrent en Espagne; car Salvianus était mort à Rome.
Ils rentrèrent sans obstacle en possession de leurs siéges. Ithacius
ne manquait pas de courage pour s'y opposer; mais les hérétiques
avaient mis dans leurs intérêts le proconsul Volventius: il leur était
d'autant plus facile d'en imposer, qu'ils avaient pour maxime de ne pas
épargner le parjure pour ne pas trahir le secret de leur secte; ils
accusèrent même Ithacius comme perturbateur de la paix des églises,
et obtinrent une sentence pour le faire arrêter. Ce prélat effrayé
d'une si violente procédure, s'enfuit en Gaule et s'adressa au préfet
Grégoire. Celui-ci, bien instruit des faits, se fit amener les auteurs
du trouble; et pour fermer aux hérétiques toute voie de séduction, il
informa l'empereur de la vérité. Mais tout était vénal à la cour. Les
Priscillianistes achetèrent de nouveau la protection du maître des
offices, qui persuada à Gratien de retirer cette affaire des mains
du préfet, et d'en charger le vicaire d'Espagne; car on venait de
supprimer la dignité de proconsul de cette province. Macédonius dépêcha
en même temps des officiers, pour conduire en Espagne Ithacius qui
s'était réfugié à Trèves. Le prélat se déroba à leur recherche, et se
tint caché jusqu'à l'arrivée de Maxime, qui ayant déja pris le titre
d'empereur dans la Grande-Bretagne, se disposait à passer en Gaule.
[Note latérale: XLIII.
Concile de Bordeaux.
Sulp. Sev. l. 2, c. 64.
Prosp. chr.
Idat. chron.
Hermant, vie de S. Ambr. l. 3, c. 15.