Till. Priscill. art. 6 et 7.]

Mais Instantius, Salvianus et Priscillien prirent le chemin de Rome,

se flattant de tromper le pape Damase. En traversant l'Aquitaine,

ils y semèrent leurs erreurs, surtout dans la ville d'Eause [Elusa],

alors métropole de la troisième Aquitaine. Saint Delphin évêque de

Bordeaux, leur ferma l'entrée de sa ville; mais ils séjournèrent

quelque temps dans le voisinage, sur les terres d'Euchrocia, veuve

d'Atticus Tyro Delphidius, qui avait professé l'éloquence à Bordeaux

avec réputation. Cette femme, fortement entêtée de la nouvelle

doctrine, se mit à la suite de ces fanatiques avec sa fille Procula,

qui s'abandonna si aveuglément à Priscillien, qu'elle devint enceinte,

et se procura l'avortement pour sauver l'honneur de l'un et de l'autre.

Ce nouveau crime fut inutile, et n'étouffa pas le bruit de leur infame

commerce. Arrivés à Rome, ils ne purent obtenir audience de Damase.

Ils allèrent à Milan, où saint Ambroise ne les rejeta pas avec moins

d'horreur. Ils s'adressèrent à la cour, où ils espéraient que l'argent

et l'intrigue leur procureraient plus de faveur. Ils ne se trompaient

pas. Macédonius, maître des offices, gagné par leurs présents, obtint

de Gratien un nouveau rescrit qui révoquait le précédent, et les

rétablissait dans leurs églises. En vertu de cet ordre, Instantius et

Priscillien retournèrent en Espagne; car Salvianus était mort à Rome.

Ils rentrèrent sans obstacle en possession de leurs siéges. Ithacius

ne manquait pas de courage pour s'y opposer; mais les hérétiques

avaient mis dans leurs intérêts le proconsul Volventius: il leur était

d'autant plus facile d'en imposer, qu'ils avaient pour maxime de ne pas

épargner le parjure pour ne pas trahir le secret de leur secte; ils

accusèrent même Ithacius comme perturbateur de la paix des églises,

et obtinrent une sentence pour le faire arrêter. Ce prélat effrayé

d'une si violente procédure, s'enfuit en Gaule et s'adressa au préfet

Grégoire. Celui-ci, bien instruit des faits, se fit amener les auteurs

du trouble; et pour fermer aux hérétiques toute voie de séduction, il

informa l'empereur de la vérité. Mais tout était vénal à la cour. Les

Priscillianistes achetèrent de nouveau la protection du maître des

offices, qui persuada à Gratien de retirer cette affaire des mains

du préfet, et d'en charger le vicaire d'Espagne; car on venait de

supprimer la dignité de proconsul de cette province. Macédonius dépêcha

en même temps des officiers, pour conduire en Espagne Ithacius qui

s'était réfugié à Trèves. Le prélat se déroba à leur recherche, et se

tint caché jusqu'à l'arrivée de Maxime, qui ayant déja pris le titre

d'empereur dans la Grande-Bretagne, se disposait à passer en Gaule.

[Note latérale: XLIII.

Concile de Bordeaux.

Sulp. Sev. l. 2, c. 64.

Prosp. chr.

Idat. chron.

Hermant, vie de S. Ambr. l. 3, c. 15.

Histoire du Bas-Empire. Tome 04 · 第 227 / 388 题