La guerre que Symmaque avait déclarée à la religion chrétienne, rendit
quelques chrétiens injustes à son égard. Les murs de Rome étaient
d'une construction solide et très-magnifique; les pierres remarquables
par leur étendue, étaient liées ensemble avec l'airain et le plomb:
les citoyens avides venaient pendant la nuit enlever ces métaux, et
dégradaient leurs propres murailles. Valentinien chargea le préfet
d'en informer. On accusa Symmaque d'avoir saisi cette occasion pour
se venger du peu de succès de sa requête; d'avoir fait enlever des
chrétiens du sanctuaire des églises, pour leur faire éprouver les
tourments de la question; d'avoir mis en prison des évêques mêmes
qu'il envoyait prendre dans les provinces. L'empereur, dans un premier
mouvement d'indignation, rendit contre le préfet un édit sévère, lui
ordonnant d'élargir tous les prisonniers, et de cesser ses poursuites
injustes. Symmaque se justifia en défiant les accusateurs de prouver
leur calomnie, en prenant à témoin toute la ville de Rome; et, ce qui
n'admettait point de réplique, en s'appuyant du témoignage même du
pape Damase, qui reconnut par écrit qu'aucun chrétien n'était fondé à
se plaindre du préfet. Je ne dois pas oublier ici une circonstance qui
fait honneur au christianisme, à l'occasion de l'ordre que Valentinien
avait donné à Symmaque de mettre les prisonniers en liberté:
_J'ignore_, répondit-il, _quels sont ceux que votre majesté veut que je
délivre; nous avons ici dans les prisons plusieurs criminels; j'en ai
pris connaissance; il n'y a pas un chrétien_. Peu de temps après, les
habitants de Milan ayant prié Symmaque de leur envoyer un professeur
d'éloquence, que la ville devait entretenir, saint Augustin, qui
n'était pas encore revenu des erreurs de sa jeunesse, poursuivit cet
emploi. La vanité l'avait conduit d'Afrique à Rome pour y enseigner la
rhétorique; mais il n'était pas content des désordres qui régnaient
dans les écoles. Symmaque, à la recommandation de quelques Manichéens,
se détermina en sa faveur, après avoir éprouvé sa capacité par un
discours public, dont il fut très-satisfait.
[Note latérale: XXXVIII.
Sirice succède à Damase.
Prosp. Chr.
Idat. chron.
Marcel. chr.
Pagi ad Baron.
Hermant, vie de S. Ambr. l. 4. c. 1.