Le jeune Valentinien avait le cœur droit, et ne manquait pas de prendre
le bon parti, lorsqu'il n'en était pas détourné par les artifices
de Justine. La lettre de saint Ambroise trouva dans son ame des
dispositions favorables; elle acheva de le déterminer. Il la fit lire
dans le conseil; il reprocha aux chrétiens leur perfide faiblesse, et
s'adressant ensuite aux païens: _Comment osez-vous penser, leur dit-il,
que je sois assez impie pour vous rendre ce que vous a enlevé la piété
de mon frère? Que Rome demande de moi telle autre faveur qu'elle
voudra: je la chéris comme ma mère; mais je dois plutôt obéir à Dieu._
Il prononça ces paroles d'un ton aussi ferme que les aurait prononcées
Théodose. Personne n'osa répliquer; et les comtes Bauton et Rumoridus,
généraux des armées d'Occident, quoique nourris dans le paganisme,
furent eux-mêmes d'avis de rejeter la requête[602]. On disait à cette
occasion, _que la Victoire était une ingrate qui, par un de ses
caprices ordinaires avait abandonné son défenseur, pour favoriser son
ennemi_. L'affaire était terminée; cependant saint Ambroise crut que
pour honorer la vérité, il devait réfuter les raisons que le préfet
avait si pompeusement étalées en faveur de l'idolâtrie. Il s'en
acquitta par un ouvrage que nous admirons encore; il y foudroie les
sophismes de Symmaque avec cette supériorité que donne la vérité, quand
elle est soutenue par la beauté du génie et la force de l'éloquence.
[Note 602: S. Ambroise l'assure dans sa lettre au tyran Eugène,
tom. 2, ep. 57, pag. 1010.--S.-M.]
[Note latérale: XXXVI.
Vestale punie.
Symm. l. 9, ep. 128 et 129.
[Ambr. t. 2, ep. 18, p. 836.]]
La religion païenne fut bientôt après déshonorée par un scandale qui
couvrit Symmaque de confusion. Saint Ambroise avait opposé au petit
nombre de vestales, ce peuple nombreux de vierges chrétiennes, qui
renonçaient pour toujours à tous les honneurs et à tous les plaisirs
du siècle; il avait observé que les païens avaient bien de la peine à
trouver parmi eux sept filles, en qui les plus flatteuses distinctions,
la vie la plus commode et la plus fastueuse, l'espérance d'être
libres après un certain nombre d'années, la terreur du plus affreux
supplice, pussent conserver pendant quelque temps une virginité forcée.
L'événement justifia deux ou trois ans après cette réflexion de saint
Ambroise. Une vestale fut convaincue d'inceste[603]. Symmaque, revêtu
du souverain pontificat, depuis que Gratien l'avait refusé, poursuivit
devant le préfet de Rome, son successeur, la punition de la vestale
coupable. Elle fut enterrée vive, selon les lois anciennes, et son
corrupteur fut puni de mort.
[Note 603: Cette vestale se nommait Primigenia.--S.-M.]
[Note latérale: XXXVII.
Symmaque accusé de maltraiter les chrétiens, s'en justifie.
Symm. l. 10, ep. 34 et 41.
Aug. conf. l. 5, c. 13, t. 1, p. 117, et contra Petil. l. 3, c. 25, t.
9, p. 311.
Cassiod. Var. l. 3, ep. 31.
Hermant, vie de S. Ambr. l. 3, c. 22.