Combattue par S. Ambroise.]

Saint Ambroise fut averti sur-le-champ du danger dont le christianisme

était menacé. Il dresse aussitôt une requête contraire pour fortifier

la religion du prince: il lui représente ce qu'il doit à Dieu; qu'il

ne peut, sans une sorte d'apostasie, rendre aux païens ce que Gratien

leur a ôté; qu'ils ont mauvaise grace de se plaindre de la soustraction

de leurs priviléges, eux qui n'ont pas épargné le sang des chrétiens;

que l'empereur ne les force pas à rendre hommage au vrai Dieu: qu'ils

doivent au moins lui laisser la même liberté, et ne le pas contraindre

à honorer leurs folles divinités; que c'était sacrifier aux idoles,

que d'opiner en leur faveur; que les chrétiens faisant la plus grande

partie du sénat, c'était une sorte de persécution, que de les forcer

de s'assembler dans un lieu où il leur faudrait respirer la fumée

des sacrifices impies; qu'un petit nombre de païens abusaient du nom

du sénat; que si cette entreprise incroyable n'eût pas été tramée en

secret, tous les évêques de l'empire seraient accourus pour s'opposer

au succès. Il priait Valentinien de consulter Théodose, dont il avait

coutume de prendre les avis sur les affaires importantes: et quelle

plus importante affaire que celle de la religion et de la foi! Il

demandait communication de la requête pour y répondre en détail. «Si

vous prenez le parti des infidèles, continuait-il, les évêques ne

pourront fermer les yeux sur une prévarication si criminelle: vous

pourrez venir à l'église, mais vous n'y trouverez point d'évêque,

ou l'évêque n'y sera que pour vous en interdire l'entrée. Que lui

répondrez-vous, quand il vous dira: L'Église refuse vos dons; nos

autels ne peuvent les souffrir; Jésus-Christ les rejette avec horreur;

vous les avez prostitués aux idoles; pourquoi cherchez-vous les prêtres

du Dieu véritable, après avoir reçu entre vos bras les pontifes des

démons? Que répondrez-vous encore à votre frère, qui vous dira au

fond de votre cœur: Je ne me suis pas cru vaincu, parce que je vous

laissais empereur; j'ai vu la mort sans regret, parce que je me

flattais que vous maintiendriez ce que j'avais établi pour l'honneur du

christianisme. Hélas! que pouvait faire de plus contre moi celui qui

m'a ôté la vie? Vous avez détruit les trophées que j'avais élevés à

notre religion sainte; vous avez cassé mes ordonnances, ce que n'a osé

faire mon rebelle meurtrier. C'est maintenant que je reçois dans mes

entrailles la blessure la plus cruelle. La meilleure partie de moi-même

est dans le cœur de mon frère; et c'est-là qu'on me poursuit encore;

c'est-là qu'on me porte encore des coups mortels.» Il lui représente

ensuite son père qui s'excuse d'avoir souffert l'idolâtrie dans le

sénat de Rome, sur ce qu'il ignorait ce désordre. En effet, Valentinien

n'était jamais entré dans Rome, depuis qu'il était parvenu à l'empire.

Saint Ambroise conclut enfin que l'empereur ne peut souscrire à la

requête de Symmaque, sans offenser à la fois tout ce qu'il doit

respecter, son frère, son père et Dieu même.

[Note latérale: XXXV.

Histoire du Bas-Empire. Tome 04 · 第 220 / 388 题