Prétextatus laissait au paganisme, dans la personne de Q. Aurélius
Symmachus, un défenseur encore plus ardent et aussi considérable par
sa noblesse, par ses emplois et par ses éminentes qualités. Celui-ci
était préfet de Rome depuis la fin de l'année précédente. Il posséda
pendant trois ans cette dignité qu'il n'avait pas recherchée, et
dont il demanda plusieurs fois d'être déchargé; il la devait à la
recommandation de Théodose, dont il était estimé. Il passait pour
l'homme le plus éloquent de son siècle. Sa femme, Rusticiana, fille
d'Orfitus préfet de Rome sous Constance, secondait son amour pour
l'étude, et l'on dit qu'elle lui tenait souvent le flambeau pendant
qu'il lisait ou qu'il composait. Le père de Symmaque lui avait laissé
une éclatante réputation à soutenir, mais une médiocre fortune.
Quoiqu'il affectât de retracer l'ancienne simplicité romaine, on
aperçoit dans sa conduite un combat de modestie et de vanité, où l'une
et l'autre ont tour-à-tour l'avantage. Il refusa de se servir d'un
char superbe que Gratien avait destiné à l'usage des préfets de Rome,
et il débita sur ce sujet à Valentinien les plus sages maximes: _Que
le faste ne relève pas les magistratures; que les mœurs du magistrat
en font le plus bel ornement; que Rome toujours libre, quoique soumise
à ses princes, n'a jamais su et ne sait pas encore respecter une
pompe frivole, qui n'est à ses yeux de nulle ressource pour suppléer
à la vertu._ Mais dans la suite, ce Romain si modeste, voulant par sa
magnificence faire briller son fils alors préteur, trouva fort mauvais
qu'on prétendît lui faire observer la loi qu'il avait sollicitée
lui-même pour borner la dépense des magistrats: il se donna beaucoup de
mouvements pour en obtenir la dispense, et n'eut point de repos qu'il
n'eût dépensé en cette occasion deux mille livres pesant d'or. Il donna
plusieurs fois de bons conseils à Valentinien. Ce prince voulut imposer
une taxe à certaines compagnies chargées des fournitures de la ville de
Rome; Symmaque lui représenta, qu'_un prince compromettait son autorité
en commandant l'impossible; que d'une imposition trop onéreuse, il ne
recueillait que des mécontentements et des murmures; qu'en épuisant
ses sujets, il gagnait moins qu'il ne perdait, puisqu'il les mettait
hors d'état de rendre les services attachés à leur condition; que la
richesse du prince et celle des peuples étaient inséparables, et que
toutes les deux prenaient leur source dans l'humanité du souverain_.
En entrant en charge, il trouva en place d'assez mauvais officiers
subalternes, qui avaient été nommés par l'empereur: il prit la liberté
de lui mander, _que la nature produisait toujours assez d'honnêtes
gens pour remplir les postes de l'état; que pour les démêler dans la
foule, il fallait d'abord écarter ceux qui demandaient; que ceux qui
méritaient se trouveraient dans le reste_. On peut aisément conjecturer
que cette leçon ne plut pas au jeune prince: du moins je soupçonne
qu'un rescrit adressé à Symmaque et qui se trouve entre les lois de
Valentinien, servit de réponse à cette remontrance. En voici les
termes: _Il n'est pas permis de raisonner sur la décision du souverain;
c'est offenser la majesté impériale que de douter du mérite d'un homme
qu'elle a honoré de son choix._ La date de ce rescrit tombe sur la fin
de cette année, temps auquel le prince nommait les nouveaux officiers;
et le ton que prend ici Valentinien, s'accorde assez bien avec la
fierté présomptueuse d'un jeune empereur.
[Note latérale: XXXI.
Requête de Symmaque à l'empereur en faveur du paganisme.
Symm. l. 10, ep. 54.
Ambr. t. 2, ep. 11, p. 810, ep. 12, p. 812, ep. 17, p. 824, ep. 18, p.
833, et ep. 57, p. 1010, et or. de obit. Valent. t. 2, p. 1179.
Paulin. vit. Ambr. § 26.
Ennodius, carm. 142.