Till. Theod. art. 22, not. 19 et 20.]

Probus, alors préfet d'Illyrie, conservait sous Valentinien la

considération que sa naissance et ses richesses lui avaient depuis

long-temps procurée. Principal ministre du jeune prince, il était

chargé du gouvernement civil. Prétextatus, dont nous avons déja parlé,

partageait le crédit de Probus: c'était le héros du paganisme, auquel

il faisait honneur par l'élévation de son ame et par l'intégrité de ses

mœurs. Les chrétiens ne lui ont reproché que son zèle pour l'idolâtrie;

les païens relèvent par les plus grands éloges sa modération dans la

haute fortune, sa compassion envers les malheureux, sa sévérité pour

lui-même, sa douceur pour les autres, sa vaste érudition. Il consacrait

à l'étude de l'antiquité tout le loisir que lui laissaient ses emplois.

C'est dans sa maison que Macrobe place la scène de ces conversations

savantes qu'il a intitulées _Saturnales_. On admirait en lui ce juste

tempérament de qualités opposées, qui le rendait complaisant sans

bassesse, ferme sans hauteur. Riche, mais désintéressé, il n'accepta

jamais les legs qu'on lui faisait par testament, préférant à ces

avantages la satisfaction généreuse de les laisser aux parents du

défunt. Ses voisins le prenaient pour arbitre des prétentions qu'ils

avaient sur ses terres. Cet homme si juste et si éclairé d'ailleurs,

était aveugle et injuste sur le point le plus important de l'humanité.

Ennemi de la religion chrétienne, il s'efforçait d'en retarder les

progrès, et de conserver les restes de l'idolâtrie expirante. Il

fuyait les honneurs, mais les honneurs le recherchaient: il avait été

sept fois député par le sénat aux empereurs dans des conjonctures

difficiles, il avait passé par toutes les charges, il était revêtu

de tous les sacerdoces[594]. Préfet d'Italie, et désigné consul pour

l'année suivante, il vint à Rome, et étant monté au Capitole au milieu

des applaudissements de tous les citoyens, il exhorta, par deux

discours éloquents, le sénat et le peuple à l'obéissance et à l'amour

du gouvernement. Peu de jours après, la mort lui enleva toutes ses

dignités[595]. Dès que la nouvelle s'en répandit dans Rome, le peuple

qui était alors au théâtre, abandonna avec de grands gémissements

les spectacles, pour lesquels il était passionné. La douleur fut si

éclatante et si universelle que l'empereur aurait pu en être jaloux.

On lui avait dressé des statues pendant sa vie, et le peuple dans

un de ces caprices, qui lui sont si ordinaires, les ayant un jour

abattues avec des clameurs séditieuses, les avait presque aussitôt vu

relever par ordre du prince avec d'aussi vives acclamations. Après sa

mort, le sénat obtint de l'empereur la permission de lui en élever

une nouvelle, dont l'inscription subsiste encore[596]. Les vestales

lui en décernèrent une autre en leur propre nom, ce qui était sans

exemple. Jamais ces vierges respectées n'avaient rendu le même honneur

aux hommes les plus religieux. La chose fut cependant exécutée[597],

malgré l'opposition de Symmaque, ami de Prétextatus, mais encore plus

attaché aux bienséances et aux usages de sa religion[598]. La femme

de Prétextatus, Fabia Aconia Paulina, fille de Catulinus, consul en

349, décorée elle-même des titres les plus fastueux de la superstition

païenne, honora la mémoire de son mari avec toute la pompe et la

vanité de l'idolâtrie[599]. Elle fit son apothéose, et prétendit que

son ame s'était établie dans la voie lactée, comme dans un palais semé

d'étoiles[600].

[Note 594: Une inscription antique qui se trouve à Rome fait

connaître toutes les dignités et les fonctions qui avaient été exercées

par Prétextatus ou réunies sur sa tête; cette inscription avait, à

ce qu'il paraît, décoré jadis la base d'une de ses statues. _Vettio

Agorio Prætextato v. c. et inl. correctori Tusciæ et Umbriæ consulari

Lusitaniæ proconsuli Achaiæ præf urb. præf. prætorii illyrici Italiæ

et Africæ cons. designato legato amplissimi ordinis septies et ad

impetrandum reb. arduis semper opposito parenti public. privatimque

reverendo ut etiam statuæ ipsius domus honoraret insignia constitui

locarique curavit._ Gruter, p. 486, nº 3.--S.-M.]

[Note 595: _O quanta rerum mutatio! Ille, quem ante paucos dies

dignitatum omnium culmina præcedebant, qui, quasi de subjectis hostibus

triumpharet, Capitolinas ascendit arces, quem plausu quodam et tripudio

populus Romanus excepit, ad cujus interitum urbs universa commota est,

nunc desolatus et nudus._ Hieron. epist. 23, tom. 1, p. 125.--S.-M.]

[Note 596: Cette inscription, qui se trouve dans Gruter, pag. 1102,

nº 2, fut faite le premier février sous le consulat de Valentinien III

et d'Eutrope, ou en l'an 387, elle contient l'indication de toutes

les charges religieuses et civiles de Prétextatus, disposées sur deux

colonnes. Elle est conçue ainsi: _Vettio Agorio Prætextato v. c.

pontifici Vestæ, pontifici Soli, quindecim viro, auguri tauroboliato,

curiali, neocoro, hierofantæ, patri sacrorum._

_Quæstori candidato, prætori urbano, correctori Tusciæ et Umbriæ,

consulari Lusitaniæ, proconsuli Achaiæ, præfecto urbi, præf. præt._

II., _Italiæ et Illyrici, consuli designato_.

_Dedicata kal. feb. D. n. Fl. Valentiniano Aug. III et Eutropio

conss._--S.-M.]

[Note 597: On en a pour preuve une inscription trouvée à Rome, et

faite par _Fabia Paulina_, femme de Prétextatus, en l'honneur de la

vestale _Cælia Concordia Maxima_, qui avait contribué à faire décerner

cet honneur à la mémoire de Prétextatus. Cette inscription curieuse est

ainsi conçue: _Cæliæ Concordiæ virgini vestali Maximæ Fabia Paulina c.

f. statuam faciendam conlocandamque curavit cum propter egregiam ejus

pudicitiam insignemque circa cultum divinum sanctitatem, tum quod hæc

prior ejus viro Vettio Agorio Prætextato v. c. omnia singulari dignoque

ejus ab hujusmodi virginibus et sacerdotibus coli statuam collocarat._

Gruter, p. 310, nº 1.--S.-M.]

[Note 598: _Prætextato nostro monumentum statuæ dicare destinant

virgines sacri vestalis antistites. Consulti pontifices, priusquam

reverentiam sublimis sacerdotii, aut longæ ætatis usum, vel conditionem

temporis præsentis expenderent; absque paucis, qui me secuti sunt,

ut ejus officium statuerent, adnuerunt. Ego, qui adverterem, neque

honestati virginum talia in viros obsequia convenire, neque more fieri,

quod Numa auctor, Metellus conservator religionum, omnesque pontifices

Maximi numquam ante meruerunt._ Symmach. lib. 2, ep. 36.--S.-M.]

[Note 599: Une inscription de Bénévent, presque entièrement

conforme à une autre, qui existe à Rome dans l'église des

Saints-Apôtres, fait connaître tous les titres de Prétextatus (Gruter.

pag. 309, nos 2 et 3). Elles étaient destinées l'une et l'autre à

orner la base des statues érigées en l'honneur de cette femme. Voici

la dernière de ces inscriptions qui contient l'énumération la plus

complète. _Fabiæ Aconiæ Paulinæ. c. f. filiæ Aconii Catulini v. c.

ex præf. et consulis ordin. uxori Vetti. Prætextati v. c. præf. et

consulis designati sacratæ apud Eleusinam deo Baccho, Cereri et Coræ

sacratæ apud Laernam, deo Libero et Cereri et Coræ sacratæ apud Æginam

deabus taurobolitæ, isiacæ hierophantriæ deæ Hecatæ græco sacratæ deæ

Cereris._--S.-M.]

[Note 600: _Non in lacteo cœli palatio, ut uxor mentitur infelix,

sed in sordentibus tenebris continetur (Prætextatus)._ Hieron. epist.

23, tom. 1. pag. 125 et 126.--S.-M.]

[Note latérale: XXX.

Symmaque préfet de Rome.

Symm. l. 4, ep. 8; l. 10, ep. 15, 16, 17, 21, 23, 27, et 47.

Olympiod. apud Phot. cod. 80.

Sidon. l. 2, ep. 10.

Histoire du Bas-Empire. Tome 04 · 第 215 / 388 题