Antioche, plus éloignée des yeux du prince, ne jouissait pas d'un sort
aussi heureux que la capitale de l'empire. Eumolpius, gouverneur de
Syrie, était un magistrat sage et compatissant; mais il ne pouvait
arrêter les violences tyranniques des comtes d'Orient. Proculus, revêtu
de cette charge depuis deux ans, était en même temps libéral et cruel:
ses largesses ne lui coûtaient que des injustices; il prodiguait aux
uns ce qu'il ravissait aux autres. Il fit massacrer, sous je ne sais
quel prétexte, un grand nombre de personnes dans le bourg de Daphné.
Théodose, instruit enfin de ses forfaits, le déposa avec ignominie.
Mais il fut encore trompé dans le choix de son successeur. Icarius,
fils de ce Théodore qui avait été mis à mort sous le règne de Valens,
fut envoyé à la place de Proculus. L'étude et l'amour des lettres par
lesquels ce nouveau comte était parvenu aux honneurs, promettaient une
conduite plus sage et plus modérée. En effet, il n'aimait ni l'argent
ni les plaisirs; mais il était défiant, superbe, imprudent, aussi
inhumain que son prédécesseur. La peste désolait Antioche et les autres
villes de Syrie; elle cessa en peu de temps; mais elle fut suivie d'une
longue famine. Antioche fut bientôt remplie d'une foule d'indigents,
qui venaient y chercher du secours. On l'exhortait à les soulager:
_Laissons_, dit-il, _périr ces misérables; les Dieux les condamnent,
puisqu'ils les abandonnent_. Ces paroles cruelles excitèrent une juste
horreur. Il continua de se rendre odieux par les mauvais traitements
dont il accabla les boulangers et les marchands de blé, et par les
rapines qu'il tolérait dans les officiers de police. Le peuple se
souleva; et l'on peut conjecturer par une invective de Libanius, que le
comte fut dépouillé de sa charge. Mais l'histoire n'a pas laissé à la
postérité, la satisfaction d'apprendre avec certitude, quelle fut la
punition de ce barbare commandant.
[Note latérale: XV.
Nouveaux efforts de Théodose pour détruire l'idolâtrie.
Ambr. de div. serm. 3, t. 2, append. p. 442 et ep. 17, t. 2, p. 824.
Liban. de templis.
Zos. l. 4, c. 37.
Idat. fast. et Chron.
Cod. Th. l. 9, tit. 1, leg. 15.
God. ad Cod. Th. t. 6, p. 267.