Richomer qui avait eu la plus grande part à leur défaite[527], fut,
l'année suivante, revêtu du consulat avec Cléarque. Tous deux, quoique
païens, étaient estimés de Théodose, et distingués, l'un par les
emplois militaires, l'autre par les charges civiles. Richomer[528],
Franc de naissance, et sorti du sang des rois, s'était attaché à
Valentinien premier. Il parvint à la dignité de comte des domestiques.
Il avait été envoyé au secours de Valens dans la guerre des Goths, où
il s'était signalé. Gratien l'avait donné à Théodose, qui fit usage
de sa bravoure, et l'éleva au grade de général de la cavalerie et
de l'infanterie[529]. On croit qu'il fut père de Théodémir, roi des
Français avant Pharamond[530]. Il était lié d'amitié avec Symmaque; et
Libanius composa en son honneur un panégyrique que nous n'avons plus.
Cléarque, vicaire d'Asie[531], avait fidèlement servi Valens dans le
temps de la révolte de Procope. Il en avait reçu, pour récompense,
le proconsulat de la même province[532], et ensuite la préfecture de
Constantinople[533]. D'abord, ardent idolâtre et protecteur déclaré du
fanatique Maxime, il avait sans doute permis à son zèle de se modérer
pour ne pas déplaire à Théodose, qui le nomma préfet de Constantinople
une seconde fois[534].
[Note 527: Voyez ci-devant p. 251, n. 2.--S.-M.]
[Note 528: Ce nom est écrit de diverses façons dans les auteurs
anciens. On le trouve dans les premiers historiens de France sous la
forme _Richimer_.--S.-M.]
[Note 529: Voyez ci-devant p. 112, n. 2, liv. XX, § 10.--S.-M.]
[Note 530: _In consularibus legimus_, dit Grégoire de Tours, l.
2, c. 9, _Theodomerem Regem Francorum, filium Richimeris quondam, et
Aschilam matrem ejus, gladio interfectos_.--S.-M.]
[Note 531: En 364.--S.-M.]
[Note 532: En l'an 366--S.-M.]
[Note 533: Il occupa cette charge en l'an 372, sous Valens.--S.-M.]
[Note 534: Il était en exercice à la fin du mois d'août de l'an
384.--S.-M.]
[Note latérale: XIII.
Thémistius préfet de C. P.
Themist. or. 17, p. 215; 18, p. 217 et 224.
[Till. Théod. art. 15.]]
Son successeur, dans cette dignité, fut Thémistius; l'empereur voulut
peut-être le consoler de ce qu'il ne lui avait pas confié l'éducation
d'Arcadius. Le nouveau préfet remercia le prince par un discours
qu'il prononça devant le sénat. Théodose entendait avec plaisir cet
orateur vertueux, et lui fournissait sans cesse une abondante matière
d'éloges. Il diminua les impôts dans le temps même qu'il était obligé
d'entretenir de nombreuses armées. Il veillait avec une attention
paternelle à la subsistance de Constantinople, y faisant venir des
vivres par mer, même pendant l'hiver, et visitant en personne les
magasins, qu'il regardait comme ses trésors les plus précieux. Il
augmenta les distributions qu'on avait coutume de faire au peuple, et
attira par cette libéralité un plus grand nombre d'habitants.
[Note latérale: XIV.
Proculus et Icarius comtes d'Orient.
Liban. vit. t. 2, p. 66, 68 et 69; et or. 19, p. 455; or. 20, p. 460,
471 et 472.