Ce fils était le seul qu'avait alors Théodose; et son père l'avait
associé à l'empire et honoré du titre d'Auguste dès le mois de Janvier
de cette année[512]. Cette éclatante proclamation s'était faite dans la
place de l'Hebdome. Arcadius était âgé de six ans, et Théodose songeait
à lui donner un précepteur, auquel il pût confier un dépôt si précieux
à l'empire. Thémistius, alors célèbre par son éloquence, désirait
avec empressement cet emploi; il avait publiquement témoigné ce désir
dans une harangue qu'il avait prononcée dans les premiers jours de
cette année pour honorer le consulat de Saturninus. Il semble même que
l'empereur avait en lui une confiance particulière; et lorsqu'il se
disposait à partir pour l'Occident, il lui avait recommandé le jeune
prince avec tendresse en présence du sénat. Mais quoiqu'il estimât les
lumières et la probité de cet orateur païen, il cherchait un chrétien
sage et éclairé pour former le cœur de son fils, et y jeter les pures
semences de la véritable vertu. Il le trouva dans Arsène, distingué
par sa noblesse, plus encore par l'intégrité de ses mœurs et par une
parfaite connaissance des lettres et de toutes les sciences humaines.
Lorsqu'Honorius, qui naquit l'année suivante, fut en âge de recevoir
des leçons, il le joignit à son frère sous la direction d'Arsène. Cet
habile instituteur ne manquait d'aucun des talents propres à former de
grands princes, si dans ses élèves la nature ne se fût pas refusée à
ses soins. Il eut l'honneur de lever des fonts baptismaux Arcadius et
Honorius. Théodose lui donna sur eux l'autorité qu'il avait lui-même.
Mais Arsène, après onze ans de travaux continuels, se dégoûta de la
cour. Il vivait dans la pompe et la délicatesse; superbement vêtu
et meublé, servi par un grand nombre de domestiques, l'empereur
lui entretenait une table somptueuse. A l'âge de quarante ans, vers
l'an 394, il fit réflexion que tandis qu'il se livrait tout entier
à l'éducation des deux princes, il ne travaillait pas à se réformer
lui-même. Frappé de cette pensée, il se retira secrètement du palais,
et s'étant dérobé à toutes les recherches de Théodose, il s'alla
cacher dans le désert de Scéthé[513], où il vécut jusqu'à l'âge de
quatre-vingt-quinze ans dans la plus austère pénitence. Voilà ce que
l'on peut adopter comme certain au sujet de l'éducation qu'Arsène fut
chargé de donner aux enfants de Théodose. Les autres circonstances,
que leur singularité n'a pas manqué d'accréditer, uniquement fondées
sur le récit de Métaphraste, sont plus propres à embellir une légende
romanesque, qu'à trouver place dans l'histoire.
[Note 512: Les auteurs varient pour la date de cet événement, entre
le 16, le 17, le 19 et le 20 janvier.--S.-M.]
[Note 513: Voyez tome 3, p. 455, n. 2, liv. XVIII, § 43.--S.-M.]
[Note latérale: X.
Théodose donne à son fils des leçons de clémence.
Themist. or. 19. p. 228.