Un guerrier plus actif que Maxime aurait profité de l'effroi que sa
victoire avait répandu, pour se rendre maître de tout l'Occident;
mais soit qu'il craignît d'attirer sur lui les armes de Théodose en
s'approchant de ses États, soit qu'il voulût assurer ses conquêtes
avant que de les étendre, il s'arrêta dans la Gaule, et fixa son séjour
à Trèves. Ambroise, en passant par Mayence, y rencontra le comte
Victor. Le tyran l'envoyait de son côté à Valentinien, pour engager ce
prince à venir en Gaule, afin de concerter ensemble une paix solide et
honorable aux deux partis; il lui promettait une entière sûreté. Le
prélat étant arrivé à Trèves, ne put obtenir une audience particulière.
Il se présenta donc devant le tyran au milieu du conseil, quoiqu'il lui
parût que cette démarche dérogeait à la dignité épiscopale[493]. Il
exposa en peu de paroles l'objet de sa commission; c'était de demander
la paix à des conditions raisonnables. _Je ne la refuse point_, dit
Maxime; _mais c'est à Valentinien à venir lui-même la proposer: qu'il
me regarde comme son père; la défiance serait un outrage_. Ambroise
répartit, _qu'on ne pouvait exiger d'un enfant et d'une mère veuve,
qu'ils s'exposassent à passer les Alpes durant la rigueur de l'hiver;
qu'au reste, il n'avait aucun ordre de rien promettre sur cet article;
qu'il n'était chargé que de traiter de la paix_. Maxime, sans vouloir
s'expliquer davantage, ordonna au prélat d'attendre le retour de
Victor. Ambroise, au milieu d'une cour ennemie, n'ayant pour lui que
Dieu et son courage, osa se séparer de communion d'avec l'usurpateur;
et sur la plainte que lui faisait Maxime: _Vous ne pouvez_, lui
dit-il, _participer à la communion des fidèles, qu'après avoir fait
pénitence d'avoir versé le sang de l'empereur_. Enfin, Victor arriva;
il rapporta que Valentinien était prêt d'accepter la paix; mais qu'il
refusait d'abandonner l'Italie pour venir en Gaule. Sur cette réponse,
Maxime congédia saint Ambroise, qui, ayant pris sa route par la Gaule,
rencontra à Valence, en Dauphiné, de nouveaux députés que Valentinien
envoyait à Maxime. En traversant les Alpes, il en trouva tous les
passages gardés par des troupes de l'un et de l'autre parti[494].
[Note 493: _Non esse hunc morem sacerdotalem_, comme il le dit
lui-même dans la lettre, où il rend compte à Valentinien le jeune,
du succès de son ambassade auprès de Maxime. Ambr. ep. 24, t. 2, p.
888.--S.-M.]
[Note 494: _Legati iterum missi ad Gallias, qui ejus (Valentiniani)
adventum negarent, apud Valentiam Gallorum me repererunt: milites
utriusque partis, qui custodirent juga montium, offendi revertens._
Ambr. _ibid._ t. 2, p. 890.--S.-M.]
[Note latérale: III.
Accommodement de Maxime et de Valentinien.
Ambr. ep. 18, t. 2, p. 838.
Socr. l. 5, c. 11.
Soz. l. 7, c. 13.
Zos. l. 4, c. 47.
Vict. epit. p. 232.
Marc. Chr.
Baronius.
Pagi ad Baron.
Reines. insc. cl. 3, nº 63.