Justine et son fils Valentinien attendaient à Milan la nouvelle de la
défaite de Maxime, lorsqu'ils apprirent la mort cruelle de Gratien.
Un si funeste événement les glaça d'effroi. L'Italie était dépourvue
de troupes; Théodose était éloigné. Sans secours et presque sans
conseil, au milieu d'une cour mal affectionnée, quel obstacle une
femme et un enfant de douze ans pouvaient-ils opposer aux succès
rapides de l'usurpateur? Ce qui redoublait leur crainte, c'est que
Maxime s'était déja pratiqué des intelligences en Italie. Les païens,
redoutables par leur nombre et l'esprit de vengeance qui les animait,
se félicitaient secrètement de sa victoire. Quoiqu'il fût chrétien et
qu'il eût une femme très-pieuse, il les avait gagnés par la flatteuse
espérance de rendre à leur culte son ancienne splendeur. Son frère
Marcellinus, qui s'était rendu à Milan avant même que la révolte fût
déclarée, travaillait à former de sourdes intrigues[491]. Dans cette
extrémité, Justine donna ordre de fermer le passage des Alpes avec de
grands abattis d'arbres. Se défiant de tous ses courtisans, elle eut
recours à saint Ambroise qu'elle haïssait, mais dont elle connaissait
la fidélité et le courage. Elle déposa son fils entre ses bras, lui
recommandant avec larmes ce jeune prince et le salut de l'empire. Le
généreux prélat embrassa tendrement Valentinien, et sans considérer
le péril, il entreprit d'aller au-devant de l'ennemi et de s'opposer
seul à ses progrès. Valentinien pouvait venger la mort de son frère
sur Marcellinus, qu'il avait entre les mains; par le conseil de saint
Ambroise, il le renvoya au tyran[492].
[Note 491: Pacatus l'appelle, c. 35, la mégère de la guerre civile,
_belli civilis megæra_.--S.-M.]
[Note 492: _Adspice_, dit S. Ambroise, _illum quoque, qui tibi ad
dexteram adsistit, quem Valentinianus, cum posset suum dolorem ulcisci,
honoratum ad te redire fecit. Tenebat eum in suis terris, atque in
ipso nuncio necis fraternæ frænavit impetus.... Ille tibi fratrem tuum
viventem remisit, tu illi vel mortuum redde._ Ambr. ep. 24, t. 2, p.
890.--S.-M.]
[Note latérale: II.
S. Ambroise va trouver Maxime.
Ambr. or. in fun. Valent. t. 2, p. 1173, et ep. 24, p. 888 et seq.
Hermant, vie de S. Ambr. l. 3. c. 17.