Till. Grat. art. 18, not. 25.]

Il en fut bientôt abandonné. Toutes les villes lui fermèrent leurs

portes. Alors, errant çà et là, sans secours et sans espérance,

poursuivi par un détachement de cavaliers ennemis, il quitta la robe

impériale pour n'être pas reconnu. On rapporte diversement la manière

dont il perdit la vie. Selon l'opinion la plus commune, Maxime envoya,

pour le poursuivre, un de ses généraux nommé Andragathe, né sur les

bords du Pont-Euxin[482], et en qui le tyran avait une singulière

confiance. Ce barbare étant averti que le prince approchait de Lyon,

se mit dans une litière; et dès qu'il aperçut Gratien sur l'autre bord

du Rhône, il envoya lui dire que c'était sa femme Lœta qui venait le

joindre pour partager ses malheurs. Gratien aimait tendrement cette

princesse, qu'il avait depuis peu épousée. Il passa le fleuve, et

ne fut pas plutôt à terre, qu'Andragathe s'élança de sa litière,

et le poignarda[483]. Ce récit aurait besoin d'un meilleur garant

que Socrate, qui paraît en être le premier auteur. Il est beaucoup

plus sûr de s'en rapporter à saint Ambroise, qui n'a pu ignorer la

mort d'un prince qu'il chérissait, et dont il était chéri. Ce saint

prélat, après avoir gémi sur la malignité des ennemis de Gratien, qui

avaient osé répandre des calomnies sur sa chasteté, quoiqu'elle fût

irrépréhensible, raconte qu'il fut trahi par un homme qui mangeait à sa

table, et qu'il avait honoré de gouvernements et d'emplois distingués;

que le prince, invité à un festin, refusa d'abord de s'y trouver; mais

qu'il se laissa persuader par les serments que ce perfide lui fit

sur les saints Évangiles; qu'on fit reprendre à Gratien ses habits

impériaux; qu'on le traita avec honneur pendant le repas, et qu'il fut

assassiné au sortir de la table. On ne sait quel est ce traître dont

parle saint Ambroise. C'est sur une mauvaise leçon de la chronique de

saint Prosper, que quelques auteurs ont attribué ce noir forfait au

consul Mérobaudès[484]; sa mort, que nous raconterons dans la suite,

le justifie assez d'un soupçon si injurieux. D'autres, avec aussi peu

de fondement, imputent ce crime à Mellobaud, prince français. Il vaut

mieux dire que l'auteur en est inconnu. Saint Jérôme dit que, quelques

années après, on voyait encore avec horreur, dans la ville de Lyon,

les marques du sang de Gratien, sur les murailles de la chambre où il

avait été massacré[485].

[Note 482: Τὸν ἵππαρχον Ἀνδραγάθιον, ὁρμώμενον ἀπὸ τοῦ Εὐξείνου

Πόντου. Zos. l. 4, c. 35.--S.-M.]

[Note 483: Zosime rapporte, l. 4, c. 35, que Gratien fut tué à

_Singidunum_ en Pannonie, au moment où il allait passer le pont de

cette ville, καταλαβών τε διαβαίνειν ἐθέλοντα τὴν ἐν τῇ Σιγιδούνῷ

γέφυραν, κατασφάζει. Cette erreur paraît venir, comme au reste on l'a

déja remarqué, de la ressemblance que le nom de _Singidunum_ présente

avec celui de _Lugdunum_ ou Lyon.--S.-M.]

[Note 484: Au lieu de _Merobaudis magistri militum proditione

superatus_, il faut lire dans cette chronique _Merobaude magistro

militum proditione superatus_.--S.-M.]

[Note 485: _Gratianus ab exercitu suo proditus, et obviis ab

urbibus non receptus, ludibrio hosti fuit, cruentæque manus vestigia

parietes tui, Lugdune, testantur._ Hieron. ep. 60, t. 1, p. 341, ed.

Vallars.--S.-M.]

[Note latérale: LI.

Circonstances de sa mort.

Ambr. Serm. t. 2, de divers. t. 2, append. p. 439 et 441, et in Psal.

61, t. 1, p. 961.

Aug. de civ. l. 5, c. 25, t. 7, p. 142.

Oros. l. 7, c. 34.

Vict. epit. p. 231.

Socr. l. 5, c. 11.

Soz. l. 7, c. 13.

Philost. l. 10. c. 5.

Zos. l. 5, c. 39.

Marc. Chr.

Hist. misc. l. 12, ap. Murat, t. 1, p. 85.

Histoire du Bas-Empire. Tome 04 · 第 186 / 388 题