Il s'embarqua aussitôt à la tête des soldats romains, et d'un grand
nombre de Bretons qui accoururent au premier signal[477]. Pour
autoriser sa rébellion, il fit courir le bruit qu'il agissait de
concert avec Théodose. Étant abordé à l'embouchure du Rhin[478], il
traversa comme un torrent la Gaule septentrionale, entraînant sur
son passage les troupes du pays et une multitude de Gaulois qui le
reconnurent pour maître. Il était déja près de Paris, lorsqu'il vit
paraître l'armée de Gratien, qui marchait à sa rencontre[479]. Malgré
les désertions, elle était encore assez nombreuse, et commandée,
sous les ordres du prince, par deux généraux vaillants et fidèles,
Mérobaudès, actuellement consul, et le comte Vallion[480]. Gratien
présenta la bataille, que Maxime n'accepta pas. On resta campé en
présence durant cinq jours, qui se passèrent en escarmouches. Dans cet
intervalle, Maxime pratiqua les troupes de Gratien; il en corrompit la
plus grande partie. Le tyran répandait l'argent à pleines mains; et au
contraire, les profusions précédentes du jeune empereur ayant épuisé
ses finances, il ne lui restait plus de quoi retenir des ames vénales
et sans foi. D'abord, toute la cavalerie maure passa du coté de Maxime:
les autres corps suivirent successivement cet exemple; et Gratien se
voyant trahi, se sauva à course de cheval, et prit le chemin des Alpes
pour gagner l'Italie[481], avec trois cents cavaliers qu'il croyait
fidèles.
[Note 477: Les soldats bretons, d'après ce que dit Zosime, l.
4, c. 35, se distinguaient alors entre tous les autres par leur
audace et leur arrogance, τῶν ἄλλων ἁπάντων πλέον αὐθαδείᾳ καὶ θύμῷ
νίκωμένους.--S.-M.]
[Note 478: Ταῖς τοῦ Ῥήνου προσωρμίσθησαν ἐκβολαῖς. Zos. l. 4, c.
35. Les historiens de Bretagne ont cherché, assez mal à propos selon
moi, à transporter dans leur pays, le lieu du débarquement de Maxime,
sur le continent de la Gaule. Voyez _Hist. de Bretagne_ de D. Morice,
t. 1. _Mémoires_, ch. 1, § 15, et note 6.--S.-M.]
[Note 479: On apprend de Socrate, l. 5, c. 11, et de Sozomène, l.
7, c. 13, que Gratien soutenait alors la guerre contre les Allemans.
Il paraît d'après une lettre de S. Ambroise, ep. 24, t. 2, p. 890,
que c'était contre les Iuthonges qui vinrent piller la Rhétie vers
cette époque. _In medio Romani imperii sinu Iuthungi populabantur
Rhetias._--S.-M.]
[Note 480: Maxime les fit périr dans la suite, en haine de
l'attachement, qu'ils avaient montré jusqu'à la fin pour la cause de
Gratien, dont ils avaient toute la confiance. _Steterat enim uterque
in acie Gratiani, et Gratianus utrumque dilexerat._ Pacat. c. 28.
Le même panégyriste donne à Vallion le surnom de _triumphalis_, à
cause des nombreux triomphes dont il avait été honoré, et il appelle
Mérobaudès _trabeate_, allusion à la pourpre consulaire dont il était
alors revêtu, _Vallio triumphalis, et trabeate Merobaudes recordetur
interitum_.--S.-M.]
[Note 481: Zosime rapporte, l. 4, c. 35, que Gratien s'enfuit en
toute hâte vers les Alpes, ἔφυγε προτροπάδην ἐπὶ τὰς Ἄλπεις, mais que
les trouvant sans défense, εὑρων δὲ ταύτας ἀφυλάκτους, il se dirigea
vers la Rhétie, le Noricum, la Pannonie et la haute Mésie, ἐπὶ Ῥαιτίας
ἐχώρει καὶ Νώρικον, Παιονίας τε καὶ τὴν ἄνω Μυσίαν. C'était peut-être
le projet de Gratien, mais il est certain que ce prince ne passa pas
les Alpes et qu'il mourut à Lyon. C'est donc une erreur de Zosime, mais
elle est en rapport avec ce que cet auteur dit aussi du lieu où périt
Gratien. Voy. ci-après, p. 232, n. 1.--S.-M.]
[Note latérale: L.
Mort de Gratien.
Pacat. paneg. c. 30.
Vict. epit. p. 231.
Zos. l. 4, c. 35.
Ambros. in Psalm. 61, t. 1, p. 961, et de obitu Valent. t. 2, p. 1173.
Aug. de civ. l. 5, c. 25, t. 7, p. 142.
Hieron. ep. 60, t. 1, p. 341.
Socr. l. 5, c. 11.
Soz. l. 7, c. 13.
Prosp. chr.
Ruf. l. 12, c. 14.
Oros. l. 7, c. 34.
Marc. chr.
Zon. l. 13, t. 2, p. 34.
Theoph. p. 57.
Baronius, p. 383.