Pagi ad Baron.]

Il s'en trouva un à l'extrémité de l'empire, assez hardi pour lever

l'étendard de la révolte, et assez habile pour faire croire qu'il y

avait été forcé. Magnus Clemens Maximus tenait un rang considérable

dans les légions romaines qui défendaient alors la Grande Bretagne

contre les incursions des barbares du Nord. La naissance[467] et le

caractère de cet usurpateur sont un problème historique; et dans

la contrariété des opinions, il est difficile d'asseoir un jugement

assuré. Les poètes et les panégyristes, qui lui préparaient sans

doute des éloges, s'il eût été heureux jusqu'à la fin, l'ont chargé

d'opprobres après sa défaite. Selon eux, c'était un bâtard sorti de la

poussière[468]; il fut dans sa jeunesse valet de Théodose[469], dont

la protection lui tint lieu de mérite, et lui procura de l'emploi

dans les troupes[470]. D'un autre côté, Maxime se couvrit du masque de

la religion; il honora les évêques; il fit mourir des hérétiques. Ce

zèle sanguinaire, qui ne coûte rien à un prince sans humanité, et qui

n'en imposa ni à saint Martin, ni à saint Ambroise, lui a cependant

rendu favorables quelques auteurs ecclésiastiques, de ceux même qui

ont désapprouvé sa cruauté. Par une bizarrerie très-commune, ils ont

condamné l'action, et estimé la personne. A les entendre, Maxime

sortait d'une illustre origine; il avait autant de vertu que de valeur;

et, pour porter avec gloire le nom d'empereur, il ne lui manqua qu'un

titre légitime[471]. Dans cette opposition de sentiments, je crois que

le meilleur parti est de ne rien assurer touchant sa famille[472], et

de juger de son génie par ses actions mêmes. On y verra un politique

qui se joue de la religion; un ambitieux qui n'a point d'autre

caractère: doux et cruel selon ses intérêts; brave lorsqu'il peut le

paraître sans péril; timide contre des ennemis courageux; adroit à

colorer ses injustices; d'un génie assez vaste pour former de grands

desseins, mais trop faible pour surmonter de grands obstacles.

[Note 467: Il était Espagnol, selon Zosime l. 4, c. 35. Ἴβηρ τὸ

γένος. Ausone l'appelle _Rutupinus Latro_, sans doute parce qu'il était

parti de _Rutupiæ_, le port de l'Angleterre le plus voisin de la Gaule,

dont il se rendit bientôt le maître. Les premiers auteurs qui ont écrit

en latin l'histoire de l'Angleterre, regardent Maxime comme un Breton,

ce qui semble appuyé par ce passage de Socrate, l. 5, c. 11, Μάξιμος

ἐκ τῶν περὶ τὰς Βρεττανίας μερῶν. Ceci pourrait s'entendre cependant

du lieu d'où il partit pour envahir l'empire. Quoi qu'il en soit, les

auteurs et les généalogistes gallois, c'est-à-dire les descendants des

indigènes de l'Angleterre, n'ont pas balancé à adopter cet usurpateur,

dont ils font leur 79e monarque. Ils l'appellent _Maxen_ _Wledig_ ou

Maxime l'illustre. Il existe en langue galloise, une antique histoire

intitulée _Breuddwydd Maxen Wledig ou la mort de l'illustre Maxime_.

Après sa mort son fils Owayn lui succéda. Il est actuellement bien

difficile de démêler ce qu'il peut y avoir de vrai, au milieu de ces

traditions qui semblent être très-altérées. Il pourrait se faire,

malgré le témoignage isolé de Zosime, que Maxime eût été réellement

Breton de naissance. Plusieurs passages du panégyrique de Pacatus et de

quelques autres écrivains, font voir qu'il avait auprès de lui un grand

nombre de Bretons. Comme il s'était conservé, à ce qu'il paraît, dans

l'Angleterre plusieurs petites principautés dépendantes de l'empire, il

serait possible à la rigueur que Maxime ait appartenu à la race de ces

petits souverains; car, pour ce qui concerne la basse origine qu'on lui

attribue, il est probable qu'on en eût parlé tout autrement s'il n'eût

pas été vaincu par Théodose. Les paroles de Pacatus, c. 23, _regali

habitu exulem suum illi exules orbis induerent_; paroles qui font

allusion à ce vers si connu de Virgile: _Toto divisos orbe Britannos_,

ne peuvent guère s'appliquer qu'à un homme né Breton: il en est de même

de cet autre passage de Pacatus, où il appelle Maxime, _orbis extorris,

patriæque fugitivus_. Tout indique que Pacatus regardait bien Maxime

comme un Breton. Le vers dans lequel Claudien (4º cons. Hon. v. 73.),

dit que Théodose a vaincu la sauvage Bretagne, _sæva Britannia fudit_,

est aussi en rapport avec cette même idée. Elle ne peut s'entendre

qu'en faisant de Maxime, un Breton de naissance.--S.-M.]

[Note 468: Pacatus oppose ainsi, c. 31, la naissance de Théodose

avec celle de Maxime; _non ipse sibi objecisset_, dit-il, _te esse

triumphalis viri filium; se patris incertum?_ Il est à remarquer

que les historiens gallois qui ont conservé le souvenir de Maxime,

ne donnent pas le nom de son père. Pacatus dit ensuite, _te hæredem

nobilissimæ familiæ; se clientem_. On ne doit pas conclure de ces

paroles que Maxime fut un personnage aussi obscur. L'histoire romaine

offre en effet plus d'un exemple d'étrangers d'extraction noble, qui

s'attachaient comme clients à des hommes puissants. Des rapports de

cette espèce, avaient pu exister entre Théodose et Maxime; celui-ci

pouvait appartenir à une famille distinguée de l'Angleterre et s'être

mis à un titre quelconque, au service de Théodose gouverneur ou chef

suprême du pays.--S.-M.]

[Note 469: Pacatus, c. 31, le représente comme remplissant les

fonctions les plus basses dans la maison de Théodose. _Domus tuæ_,

dit-il, _negligentissimus vernula, mensularumque servilium statarius

lixa_. Il est difficile de discerner ce qu'il peut y avoir de vrai,

dans ces paroles outrageantes, que la haine et la flatterie dictent au

panégyriste d'un vainqueur.--S.-M.]

[Note 470: Selon Zosime, l. 4, c. 35, il avait été compagnon de

Théodose, dans les guerres qu'il avait faites en Angleterre avant

d'avoir été élevé à l'empire. Θεοδοσίῳ τῷ βασιλεῖ κατὰ τὴν Βρεττανιάν

συστρατευσάμενος.--S.-M.]

[Note 471: _Maximus, vir quidem strenuus et probus, atque Augusto

dignus, nisi contra sacramenti fidem per tyrannidem emersisset,

in Britannia invitus propemodum ab exercitu imperator creatus, in

Galliam transiit._ Oros. l. 7, c. 34. _Maximus imperator rempublicam

gubernabat, vir omni vitæ merito prædicandus, si ei vel diadema non

legitime, tumultuante milite, impositum repudiare, vel armis civilibus

abstinere licuisset._ Sulp. Sev. dial. 2, c. 7.--S.-M.]

[Note 472: Sulpice Sévère dans sa vie de S. Martin, fait

mention d'un oncle paternel de Maxime, et Pacatus § 35, parle de

son frère nommé Marcellin. Il fut tué dans un combat près de Pettau

(_Petavio_).--S.-M.]

[Note latérale: XLVIII.

Il est proclamé empereur.

Zos. l. 4, c. 35.

Vict. epit. p. 231.

Pacat. paneg. c. 31.

Claud. de 4º Cons. Hon.

Socr. l. 5, c. 11.

Histoire du Bas-Empire. Tome 04 · 第 183 / 388 题