Si Gratien n'avait pas les qualités brillantes de Théodose, il ne
lui cédait pas en humanité, en attention sur la police de l'état,
en zèle pour le progrès de la religion chrétienne. Des gouverneurs
durs et avares prenaient quelquefois la liberté d'imposer des taxes
extraordinaires, qu'ils faisaient autoriser par des lettres des préfets
du prétoire. Il arrêta ces concussions, et défendit absolument de
lever aucun impôt qui ne fût établi par un édit du prince. Persuadé
que les mendiants valides sont dans tout État un levain de sédition
et de désordres, et que les moins dangereux sont en quelque sorte des
frelons qui dévorent la subsistance des vrais pauvres, il proscrivit
ce métier honteux[457]: il ordonna que les mendiants qu'on trouverait
n'avoir d'autre titre à la compassion publique, que le libertinage
et la paresse, seraient livrés à ceux qui les auraient dénoncés, à
titre d'esclaves, s'ils étaient de condition servile, et de colons
perpétuels, s'ils étaient libres[458].
[Note 457: Par une loi rendue à Milan le 20 juin 382.--S.-M.]
[Note 458: Il paraît que la présence continuelle des Barbares,
sur les frontières de la Pannonie, et sur les bords du Danube, avait
forcé Gratien de séjourner pendant presque toute l'année 381, et même
durant l'année 382, sur les frontières de l'Illyrie et de la partie
septentrionale de l'Italie. Après son retour de Sirmium, où il était le
6 septembre 380, on le trouve à Milan le 29 mars 381, à Aquilée le 22
avril et le 8 mai. Il paraît qu'il fit alors un voyage dans la Gaule,
et il était à Trèves le 14 octobre, mais il revint bientôt après en
Italie, où on le retrouve à Aquilée le 26 décembre. Les lois de l'année
suivante sont presque toutes datées de Milan, il n'en est qu'une seule
datée de Viminacum et du mois de juillet. Il est bien probable qu'il
fut alors obligé de quitter son séjour habituel, pour se porter vers
le Danube et sans doute par la même cause, c'est-à-dire la crainte des
Barbares, mais son absence fut courte, car bientôt après on le retrouve
à Milan.--S.-M.]
[Note latérale: XLII.
S. Ambroise obtient la grace d'un criminel.