Till. Arian. c. 138, 139.]

La disgrâce des hérétiques, loin de les abattre, échauffait leur

opiniâtreté et les accréditait parmi le peuple; leurs évêques chassés

des autres villes, se réfugiaient dans la capitale de l'empire; ils y

répandaient leur venin, et Constantinople retentissait de controverses.

On s'assemblait dans les places publiques pour disputer sur l'essence

de Dieu; les femmes, les artisans, les valets s'érigeaient en

dogmatistes: c'était une frénésie épidémique. L'empereur voulut d'abord

imposer silence; il défendit ces dangereuses contestations. Ses efforts

furent inutiles. Il crut que, pour fermer la bouche à l'hérésie, le

meilleur moyen était de la confondre. Il assembla encore un concile

de tout l'Orient, et y manda les chefs de toutes les sectes. Ils s'y

rendirent ainsi que les évêques orthodoxes. Ceux-ci n'approuvaient pas

cette condescendance du prince; c'était à leur avis paraître chanceler

dans la foi, que de remettre en question ce qui avait été décidé par

tant de conciles. Un d'entre eux osa faire connaître à l'empereur le

mécontentement général des catholiques. Théodose venait de déclarer

Auguste son fils Arcadius; et ce jeune prince, âgé de six ans, assis

à côté de son père, partageait avec lui les hommages des prélats, qui

venaient saluer l'empereur à mesure qu'ils arrivaient à Constantinople.

Amphilochius, évêque d'Iconium, était un vieillard aussi simple dans

ses mœurs que célèbre pour la sainteté de sa vie. S'étant présenté à

Théodose, et l'ayant salué avec respect, il passa tout droit devant

Arcadius, et se contenta de lui dire, en lui portant la main au visage,

_Dieu vous garde mon fils_. L'empereur, offensé de cette familiarité

indécente, ordonna aussitôt de faire retirer ce vieillard. Alors

Amphilochius se tournant vers lui: _Prince_, s'écria-t-il, _vous ne

pouvez souffrir qu'on manque de respect à votre fils; pensez-vous que

le Père céleste, le souverain des empereurs et des empires, pardonne à

ceux qui blasphèment contre son fils unique, ou qui usent de ménagement

et de condescendance envers ces blasphémateurs?_ Ces paroles firent

une vive impression sur l'empereur; il embrassa le saint prélat, et

conçut plus d'horreur que jamais contre les dogmes impies des ariens.

Les conférences s'ouvrirent au mois de juin: ce qu'on en sait de

certain, c'est qu'elles se terminèrent à l'avantage des orthodoxes,

et que les hérétiques furent confondus. Eunomius, le plus redoutable

de tous par sa subtilité et sa hardiesse, et qui avait corrompu

plusieurs chambellans de l'empereur, fut envoyé en exil, où il mourut.

Théodose épargna seulement les novatiens, qui témoignaient la même

ardeur que les catholiques pour la défense de la doctrine orthodoxe

sur la Trinité. Le zèle de l'empereur pour étouffer les hérésies,

n'eut pas le succès qu'il désirait: privées d'honneurs et de crédit,

elles subsistèrent pendant tout son règne, comme on le voit par les

lois qu'il fut obligé de renouveller presque tous les ans. Ce dernier

concile de Constantinople ne se tint qu'en 383: mais ce fut une suite

du concile œcuménique assemblé en 381, et j'ai cru qu'il était à propos

de suivre sans interruption la conduite que Théodose a tenue à l'égard

des ennemis de l'église catholique.

[Note latérale: XXXV.

Lois sur les sacrifices.

Histoire du Bas-Empire. Tome 04 · 第 169 / 388 题