La disgrâce des hérétiques, loin de les abattre, échauffait leur
opiniâtreté et les accréditait parmi le peuple; leurs évêques chassés
des autres villes, se réfugiaient dans la capitale de l'empire; ils y
répandaient leur venin, et Constantinople retentissait de controverses.
On s'assemblait dans les places publiques pour disputer sur l'essence
de Dieu; les femmes, les artisans, les valets s'érigeaient en
dogmatistes: c'était une frénésie épidémique. L'empereur voulut d'abord
imposer silence; il défendit ces dangereuses contestations. Ses efforts
furent inutiles. Il crut que, pour fermer la bouche à l'hérésie, le
meilleur moyen était de la confondre. Il assembla encore un concile
de tout l'Orient, et y manda les chefs de toutes les sectes. Ils s'y
rendirent ainsi que les évêques orthodoxes. Ceux-ci n'approuvaient pas
cette condescendance du prince; c'était à leur avis paraître chanceler
dans la foi, que de remettre en question ce qui avait été décidé par
tant de conciles. Un d'entre eux osa faire connaître à l'empereur le
mécontentement général des catholiques. Théodose venait de déclarer
Auguste son fils Arcadius; et ce jeune prince, âgé de six ans, assis
à côté de son père, partageait avec lui les hommages des prélats, qui
venaient saluer l'empereur à mesure qu'ils arrivaient à Constantinople.
Amphilochius, évêque d'Iconium, était un vieillard aussi simple dans
ses mœurs que célèbre pour la sainteté de sa vie. S'étant présenté à
Théodose, et l'ayant salué avec respect, il passa tout droit devant
Arcadius, et se contenta de lui dire, en lui portant la main au visage,
_Dieu vous garde mon fils_. L'empereur, offensé de cette familiarité
indécente, ordonna aussitôt de faire retirer ce vieillard. Alors
Amphilochius se tournant vers lui: _Prince_, s'écria-t-il, _vous ne
pouvez souffrir qu'on manque de respect à votre fils; pensez-vous que
le Père céleste, le souverain des empereurs et des empires, pardonne à
ceux qui blasphèment contre son fils unique, ou qui usent de ménagement
et de condescendance envers ces blasphémateurs?_ Ces paroles firent
une vive impression sur l'empereur; il embrassa le saint prélat, et
conçut plus d'horreur que jamais contre les dogmes impies des ariens.
Les conférences s'ouvrirent au mois de juin: ce qu'on en sait de
certain, c'est qu'elles se terminèrent à l'avantage des orthodoxes,
et que les hérétiques furent confondus. Eunomius, le plus redoutable
de tous par sa subtilité et sa hardiesse, et qui avait corrompu
plusieurs chambellans de l'empereur, fut envoyé en exil, où il mourut.
Théodose épargna seulement les novatiens, qui témoignaient la même
ardeur que les catholiques pour la défense de la doctrine orthodoxe
sur la Trinité. Le zèle de l'empereur pour étouffer les hérésies,
n'eut pas le succès qu'il désirait: privées d'honneurs et de crédit,
elles subsistèrent pendant tout son règne, comme on le voit par les
lois qu'il fut obligé de renouveller presque tous les ans. Ce dernier
concile de Constantinople ne se tint qu'en 383: mais ce fut une suite
du concile œcuménique assemblé en 381, et j'ai cru qu'il était à propos
de suivre sans interruption la conduite que Théodose a tenue à l'égard
des ennemis de l'église catholique.
[Note latérale: XXXV.
Lois sur les sacrifices.