Quelques-uns des évêques assemblés à Constantinople ne s'occupaient
pas seulement des affaires de l'église, qui devaient être leur
unique objet; ils se mêlaient dans les querelles séculières, et se
laissaient traduire devant les tribunaux pour y servir de témoins.
Théodose défendit d'y contraindre aucun évêque; il déclara qu'un
évêque ne pouvait, sans déshonorer son caractère, se faire entendre
publiquement en qualité de témoin. Il permit de citer les prêtres
en témoignage; mais il les exempta de la question, qui était alors
en usage dans les causes criminelles, pour assurer la vérité des
dépositions, à condition qu'ils seraient sévèrement punis s'ils étaient
convaincus de faux; _car_, dit-il, _ceux qui abusent de nos respects
pour couvrir la fraude et le mensonge, méritent les châtiments les
plus rigoureux_. Après la conclusion du concile, il renouvela l'ordre
qu'il avait déja donné, de remettre toutes les églises entre les
mains des évêques qui professaient la vraie foi sur le mystère de la
Trinité; et pour les reconnaître à une marque sensible, il désigna
nommément, dans toutes les provinces de l'empire, les prélats les
plus orthodoxes, déclarant qu'il ne tiendrait pour catholiques, que
ceux qui communiqueraient avec eux. Pour honorer encore le caractère
épiscopal, il fit transférer d'Ancyre à Constantinople les reliques
de Paul, évêque de cette dernière ville, que les ariens avaient fait
mourir à Cucusus, sous le règne de Constance. Le corps fut déposé dans
une église, qui porta dans la suite le nom du saint; c'était celle
que Macédonius son persécuteur avait fait bâtir, et cette translation
fut regardée comme un triomphe que le martyr remportait après sa mort
sur ses ennemis. A l'occasion de cette cérémonie, Théodose renouvela à
l'égard de Constantinople, la loi ancienne qui défendait d'enterrer les
corps ou les cendres des morts dans l'enceinte de Rome et des villes
municipales; il n'excepta que les reliques des martyrs, et les corps
des empereurs, qui avaient leur sépulture dans le vestibule de l'église
des Saints-Apôtres, où l'on permit aussi d'inhumer les évêques de
Constantinople. J'ajouterai ici une autre loi de Théodose, quoiqu'elle
n'ait été faite que cinq ans après. Il s'introduisait dès-lors une
sorte d'imposture, qui devint dans les siècles suivants beaucoup plus
commune et plus scandaleuse. Des charlatans, qui, selon saint Augustin,
étaient pour la plupart des moines hypocrites et vagabonds, abusaient
de la simplicité des peuples; ils allaient de ville en ville, et
vendaient de fausses reliques de martyrs. Théodose tâcha d'abolir ce
honteux trafic, capable de décréditer les vrais objets de la vénération
des fidèles; il défendit de transférer un corps hors de sa sépulture,
de vendre, ni d'acheter des reliques.
[Note latérale: XXXI.
Concile d'Aquilée.
Append. Sirm. ad Cod. Th.
Baronius.
Hermant, vie de S. Ambr. l. 2, c. 18, 22, 23.
Till. Arian. art. 137 et vie de S. Flavien, art. 4.