Tandis que les évêques employaient les armes spirituelles pour abattre
l'erreur, l'empereur armait contre elle l'autorité des lois. Dès les
premiers jours du mois de mai, lorsque les prélats s'assemblaient,
il donna le signal par deux lois[446] contre les apostats et les
manichéens, qu'il déclara incapables de tester et de recevoir aucun
héritage, aucune donation testamentaire. Gratien, deux ans après,
suivit son exemple[447]. Pendant la tenue du concile, il défendit
aux ariens de bâtir aucune église, ni dans les villes ni dans les
campagnes, sous peine de confiscation du fonds sur lequel on aurait
osé en construire. Pour mettre sous un seul point de vue toutes les
lois de ce prince contre les hérétiques, je les rassemblerai ici en
peu de mots. Il leur interdit toute assemblée, même dans les maisons
particulières, et s'ils contrevenaient à cette défense, il permit aux
catholiques d'user de voies de fait pour les dissiper; cette permission
pouvait être d'une dangereuse conséquence. Il leur défendit d'ordonner
des prêtres ou des évêques; il commanda de rechercher leurs ministres
et de les forcer de retourner dans leur pays natal, avec défense d'en
sortir ni de demeurer à Constantinople sous quelque prétexte que
ce fût. Il avait surtout en horreur les manichéens; ces hérétiques
se divisaient en plusieurs sectes, dont quelques-unes avaient des
pratiques aussi contraires à la pudeur qu'à la religion; il proscrivit
ces sectes infames; il déclara punissables de mort ceux qui seraient
convaincus d'y être engagés; il ordonna au préfet du prétoire d'en
faire la recherche[448]. Il renouvela plusieurs fois ces lois; mais
il est à remarquer que la dernière année de son règne, il rendit
aux eunomiens la liberté de donner et de recevoir par testament. On
apporte diverses raisons de cette variation; la plus vraisemblable à
mon avis, c'est que l'empereur s'éloignant alors de Constantinople,
où il laissait ses deux fils, voulut, par cette indulgence, adoucir
l'aigreur de ces hérétiques, qui formaient un parti redoutable.
Sozomène observe que les peines portées contre les hétérodoxes dans
les lois de Théodose, n'étaient que comminatoires; qu'elles ne furent
jamais mises à exécution, et que ce prince ne témoignait d'estime qu'à
ceux qui revenaient à l'église par un mouvement libre de leur volonté.
D'ailleurs, il s'étudia à couvrir de mépris les hérésiarques. Ce fut
dans ce dessein qu'il fit poser dans la grande place les bustes en
marbre de Sabellius, d'Arius, de Macédonius et d'Eumonius. Ces bustes
ne s'élevaient que de deux ou trois pieds au-dessus du terrain, et
étaient exposés à toutes les insultes des passants.
[Note 446: Ces lois données à Constantinople, sont datées des 2 et
8 mai 381.--S.-M.]
[Note 447: Comme on le voit par une loi datée de Padoue le 22 mai
383.--S.-M.]
[Note 448: Ce surcroît de rigueur contre les Manichéens fut
prescrit par une loi donnée à Constantinople le 31 mars 382.--S.-M.]
[Note latérale: XXX.
Lois en faveur des évêques.
Cod. Th. l. 11, t. 39, leg. 8, 10. l. 16, tit. 1, leg. 3; l. 9, tit.
17; leg. 6, 7.
Socr. l. 5, c. 9.
Soz. l. 7, c. 10.