On ne pouvait se flatter de donner à Grégoire un successeur d'un
égal mérite. Théodose recommanda au concile de ne rien négliger pour
trouver un pasteur digne d'une place si importante: mais les vues de
la plupart des prélats n'étaient pas si pures que celles du prince.
Les intérêts d'amitié ou de parenté, déterminaient les suffrages.
Il y avait alors à Constantinople un nommé Nectarius, né à Tarse,
d'une famille sénatorienne, et actuellement préteur. Comme il était
sur le point de retourner dans sa patrie, il alla rendre visite à
Diodore évêque de Tarse, pour lui offrir de se charger de ses lettres.
Diodore cherchait alors dans son esprit sur qui il ferait tomber son
choix. La vue de Nectarius fixa son irrésolution. Les cheveux blancs
du magistrat, sa physionomie noble et majestueuse, la douceur et la
probité peintes sur son visage, le rendaient respectable. Le prélat,
frappé de cette idée, le conduisit au nouvel évêque d'Antioche,
qui avait beaucoup de crédit sur l'esprit de l'empereur; il lui
demanda sa voix en faveur de Nectarius. Flavien reçut d'abord en
riant la recommandation de Diodore; il trouvait quelque chose de
bizarre à proposer un laïque presque inconnu, en concurrence avec
les ecclésiastiques les plus distingués dans le clergé des églises
d'Orient. Cependant, par complaisance pour son ami, il conseilla à
Nectarius de différer son départ de quelques jours. Théodose, pour
accélérer l'élection, pria les évêques de lui donner par écrit les
noms de ceux que chacun d'eux avait en vue, se réservant la liberté
de choisir. Flavien ayant composé la liste de ceux qu'il proposait
sérieusement, voulut bien, pour ne pas désobliger Diodore, ajouter à
la fin le nom de Nectarius. Ce fut à ce nom que s'arrêta la pensée
de l'empereur; il connaissait ce magistrat; il estimait sa vertu.
La vie de Nectarius n'avait pas toujours été fort réglée; mais il
avait corrigé dans la maturité de l'âge les désordres de sa jeunesse.
Théodose, après avoir plusieurs fois relu la liste avec réflexion,
se décida pour Nectarius. Ce choix surprit tous les évêques; on se
demandait qui était ce Nectarius; on fut encore plus étonné d'apprendre
qu'il ne fût pas encore baptisé, quoique déja avancé en âge. Ni cette
circonstance, ni les représentations de plusieurs prélats ne firent
changer d'avis à l'empereur. Nectarius fut baptisé; et, avant même que
d'avoir quitté l'habit de néophyte, il reçut les ordres sacrés et fut,
en présence du prince, installé sur le siége épiscopal avec le suffrage
unanime des évêques, du clergé et du peuple de la ville. Ce fut un
prélat médiocre, plus pieux que savant, plus capable de ménagement
que de fermeté, plus versé dans les affaires politiques que dans les
matières de la foi; mais Théodose fut heureux qu'un choix si hasardé
n'eût pas des suites plus fâcheuses.
[Note latérale: XXVIII.
Décrets du concile.
Socr. l. 5, c. 8.
Soz. l. 7, c. 9.
Pagi ad Baron.