Dans le même temps que Théodose s'occupait à corriger les désordres, il
songeait aussi à fortifier l'empire contre les attaques des Barbares.
Il employa pour cet effet un moyen dangereux, ainsi qu'il a déjà été
observé, et tout-à-fait contraire à la saine politique. Les malheurs
précédents avaient affaibli les armées; il invita les Goths d'au-delà
du Danube à prendre parti dans ses troupes, et il promit de les traiter
comme ses sujets naturels. Il en vint une si grande multitude, qu'ils
surpassèrent bientôt en nombre les soldats romains, et l'empereur
craignit avec raison de n'être plus le maître de les contenir, s'ils
venaient à former quelque entreprise. En effet, selon un auteur de ce
temps-là, avant que de passer le fleuve, ils s'étaient secrètement
engagés, par des serments exécrables, à faire aux Romains tous les maux
qu'ils pourraient, soit par la force, soit par la ruse et la trahison,
et à ne se donner de repos qu'après s'être rendus maîtres de tout
l'empire. Quoique Théodose ignorât ce perfide complot, cependant, par
une sage précaution, il résolut de les mettre hors d'état de nuire en
les divisant: il manda une partie des légions qu'il avait en Égypte,
et envoya pour les remplacer un corps considérable de ces Barbares,
sous la conduite d'Hormisdas, ce neveu de Sapor qui s'était signalé
dans la révolte de Procope. Les deux détachements se rencontrèrent
à Philadelphie. Celui des Goths était de beaucoup le plus nombreux:
ils avaient traversé l'Asie, comme des brigands, en pillant tout sur
leur passage. Réunis dans la même ville avec des troupes disciplinées,
ils voulurent continuer les mêmes violences. Un habitant qui venait
de vendre quelque denrée à un soldat goth, en reçut pour paiement un
coup d'épée au travers du corps; un autre qui était accouru pour le
défendre, ne fut pas mieux traité. On s'attroupa de part et d'autre.
Les officiers venus d'Égypte s'efforcèrent en vain de faire entendre
aux Barbares, que la discipline romaine qu'ils avaient embrassée, ne
permettait pas ces emportements; on ne leur répondit qu'à grands coups
d'épée. Alors les soldats romains, quoique fort inférieurs en nombre,
se jetant sur les Goths, en massacrèrent plus de deux cents: plusieurs
se sauvèrent dans les égouts de la ville, où ils périrent. On épargna
les autres, qui après cette sanglante leçon, continuèrent leur voyage
en observant une plus exacte discipline.
[Note latérale: XV.