Gratien s'étant déchargé sur son nouveau collègue du soin de l'Orient,
fit à Sirmium un séjour de quelques mois. Il remporta de son côté
plusieurs avantages sur différents partis de Barbares qui s'étaient
avancés jusqu'en Pannonie[420]. Il reprit ensuite le chemin de la
Gaule, en passant par Aquilée et par Milan, où il arriva vers la fin
de Juillet. Les catholiques, dont il s'était déclaré le protecteur,
accouraient sur son passage et faisaient des vœux pour la prospérité
de son gouvernement. Pendant son séjour à Milan, il eut de fréquents
entretiens avec saint Ambroise. Il avait pour ce saint évêque un
respect mêlé de tendresse, et puisait dans cette source féconde la
connaissance et l'amour de la vérité. Lorsqu'il était parti pour
l'Illyrie, il avait prié saint Ambroise de lui composer quelque
ouvrage, pour le confirmer dans la loi de la consubstantialité; et
il en avait reçu deux livres intitulés: _De la Foi_. En partant de
Sirmium, il lui écrivit pour le prier de confondre les sectateurs
de Macédonius, qui niaient la divinité du Saint-Esprit. Il voulait
même que le saint prélat le vînt trouver en diligence. Saint Ambroise
s'en excusa; il attendit l'empereur à Milan, et se contenta pour lors
d'ajouter trois autres livres aux deux premiers, dans lesquels il
prouvait la divinité du Fils: il lui promit d'écrire dans la suite
sur la divinité du Saint-Esprit, et s'acquitta de cette promesse
deux ans après. Ce fut sans doute par le conseil de ce saint, que
Gratien révoqua la loi qui permettait aux hérétiques de tenir leurs
assemblées[421]. Le zèle d'Ambroise ne se renfermait pas dans les
bornes de son diocèse: le siége de Sirmium étant vacant par la mort
de l'arien Germinius, Justine, que Gratien avait laissée dans cette
ville avec son fils Valentinien, entreprit d'y placer un évêque du même
parti. Sur cette nouvelle, Ambroise vole à Sirmium; il s'oppose avec
fermeté aux efforts de l'impératrice, et vient à bout de faire nommer
un évêque catholique; c'était Anémius. Ce coup de vigueur fut l'origine
de la haine implacable, dont les éclats scandaleux déshonorèrent
Justine, et augmentèrent la gloire de l'intrépide prélat.
[Note 420: Voyez ci-devant, p. 149, note 2, liv. XX, § 40--S.-M.]
[Note 421: En vertu d'une loi rendue à Milan le 3 août 379.--S.-M.]
[Note latérale: X.
Il retourne dans les Gaules.
Zos. l. 4, c. 24.
Socr. l. 5, c. 6.
Soz. l. 7, c. 4.
Auson. grat. act. p. 553 et 554.