Les incursions des Allemands appelèrent Gratien dans la Gaule plus tôt
qu'il n'aurait désiré[422]. Ils ne l'attendirent pas, et ce prince
passa l'hiver à Trèves[423]. Il y publia plusieurs lois. Les débiteurs
du fisc se mettaient à couvert des poursuites, en faisant cession de
leurs biens, ce qui donnait occasion à des fraudes plus préjudiciables
aux peuples qu'au prince même, puisque le prince ne perd jamais ce qui
lui est dû, et qu'il sait se dédommager, aux dépens de ses sujets,
de ce qui lui est enlevé par des mains infidèles. Gratien ordonna
d'employer contre ces débiteurs la rigueur des supplices, à moins
qu'ils ne prouvassent qu'ils avaient été ruinés par quelque accident
involontaire. Il confirma les priviléges accordés aux médecins;
Théodose en fit autant dans la suite. Ausone, en sortant du consulat,
prononça en présence de l'empereur le discours de remercîment que
nous avons encore, et qui peut servir à fixer une des époques du
dépérissement de l'éloquence.
[Note 422: Ausone décrit en ces termes, _Grat. act. cons._ p.
553, le rapide voyage de Gratien. _Tu Gratiane, tot Romani imperii
limites, tot flumina et lacus, tot veterum intersepta regnorum, ab
usque Thraciam, per totum, quam longum est, latus Illyrici, Venetiam,
Liguriamque, et Galliam veterem, insuperabilia Rhætiæ, Rheni aquosa,
Sequanorum invia, porrecta Germaniæ, celeriore transcursu, quam est
properatio nostri sermonis, evolvis, nulla requie otii, ne somni
quidem, aut cibi munere liberali, ut Gallias tuas inopinatus illustres,
ut consulem tuum, quamvis desideratus, anticipes._--S.-M.]
[Note 423: Il était dans cette ville le 14 septembre et sans doute
long-temps avant. C'est au séjour que ce prince et son père avaient
fait dans cette ville, qu'elle dut les nombreux monuments dont il reste
encore des débris, et qu'elle acquit le haut rang qu'elle conserva
jusqu'à la chute de l'empire.--S.-M.]
[Note latérale: AN 380.