L'empereur ne s'occupait que des moyens de soulager les peuples et de
relever l'honneur de l'empire. Le diadème qu'il n'avait pas désiré,
n'altéra rien dans son caractère. Aussi chaste, aussi humain, aussi
désintéressé qu'il l'avait été dans sa vie privée, il ne se permettait
que ce que les lois lui avaient toujours permis. Sensible à l'amitié,
ami des hommes vertueux, fidèle dans ses promesses, libéral et donnant
avec grandeur, communicatif et d'un accès facile, il ne voyait, dans
la souveraineté, que le pouvoir d'étendre ses bienfaits. Un jour qu'il
commettait des juges à l'examen d'une conspiration qu'on prétendait
formée contre sa personne, comme il les exhortait à procéder avec
équité et avec douceur: _Notre premier soin_, dit un des commissaires,
_doit être de songer à la conservation du Prince_. _Songez plutôt à
sa réputation_, repartit Théodose: _l'essentiel pour un prince n'est
pas de vivre long-temps, mais de bien vivre_. Son extérieur noble
et majestueux attirait le respect; sa bonté inspirait la confiance.
Prudent et circonspect dans le choix des magistrats, il eut, en
arrivant à l'empire, le singulier bonheur d'en trouver en place un
grand nombre, tels qu'il les aurait choisis. Il n'était pas savant;
mais il avait un goût exquis pour tout ce qui regarde la littérature,
et il aimait les gens de lettres, pourvu que l'usage qu'ils faisaient
de leurs talents n'eût rien de dangereux. Il s'instruisait avec soin de
l'histoire de ses prédécesseurs, et ne cessait de témoigner l'horreur
que lui inspiraient l'orgueil, la cruauté, la tyrannie, et surtout la
perfidie et l'ingratitude. Les actions lâches et indignes excitaient
subitement sa colère; mais il s'apaisait aisément, et un court délai
adoucissait la sévérité de ses ordres. Il savait parler à chacun selon
son rang, sa qualité, sa profession. Ses discours avaient en même
temps de la grâce et de la dignité. Il pratiquait les exercices du
corps, sans se livrer trop au plaisir, et sans se fatiguer. Il aimait
surtout la promenade; mais le travail des affaires précédait toujours
le délassement. Il n'employait d'autre régime pour conserver sa santé,
qu'une vie sobre et frugale, ce qui ne l'empêchait pas de donner dans
l'occasion des repas, où l'élégance et la gaîté brillaient plus que
la dépense. Il diminua dès le commencement celle de sa table, et son
exemple tint lieu de loi somptuaire; mais il conserva toujours dans le
service de sa maison cet air de grandeur qui convient à un puissant
prince.
[Note latérale: III.
Calomnies de Zosime réfutées.
Zos. l. 4, c. 27, 28 et 29.