Faust. Byz. l. 5, c. 35, 36 et 37.]]

--[Cependant Varazdat accueillait avec empressement toutes les

calomnies qu'on répandait contre le connétable. Les imputations

odieuses déjà alléguées sous le règne de Para, se renouvelèrent[389].

Mouschegh avait, disait-on, favorisé Sapor, qu'il pouvait faire périr.

On lui reprochait ses égards pour la femme du roi de Perse, qui

avait été sa captive, et l'humanité qu'il avait montrée envers ses

prisonniers persans. C'étaient là autant de trahisons. On lui faisait

un crime d'avoir épargné le roi d'Albanie, qu'il pouvait immoler[390];

enfin on allait jusqu'à l'accuser de la mort de Para, qui avait été

selon ses ennemis concertée entre lui et les généraux romains. Il

ne réservait pas, ajoutait-on, un sort moins cruel à Varazdat. Il

était évident, que si on ne se hâtait de le prévenir, après avoir

égorgé son souverain, il livrerait l'Arménie aux Romains, et avec

leur secours s'y ferait déclarer roi: ce qui était assez prouvé par

le soin qu'il avait eu de remettre aux troupes impériales les places

les plus fortes et les plus avantageusement situées. Ces accusations

absurdes furent accueillies avec empressement par le roi; convaincu que

Mouschegh était son plus implacable ennemi, il s'occupa secrètement des

moyens de le faire périr; mais les Romains le gênaient. Il fut ainsi

contraint d'ajourner ses desseins jusqu'à ce qu'il se présenta des

circonstances plus favorables. Elles ne tardèrent pas. Valens ayant

été obligé de rappeler Trajan et toutes ses troupes, pour les envoyer

sur le Danube repousser les Goths, Varazdat se trouva sans partage

souverain maître de l'Arménie. Il ne perdit pas de temps pour mettre

son projet à exécution, et s'assurer une pleine indépendance. Mouschegh

était le principal obstacle à son accomplissement; il résolut donc de

s'en défaire promptement. Appelé à un superbe festin, le connétable

s'y rendit sans défiance; et au milieu de la fête, douze assassins

apostés se précipitent sur lui et le traînent devant Varazdat, en

lui reprochant la mort de Para, dont il était innocent. Le prince

des Saharhouniens lui plonge alors son poignard dans le sein, et lui

coupe la tête. Ainsi périt misérablement le guerrier généreux qui

avait délivré l'Arménie du joug des Perses. La place de connétable fut

donnée à son lâche assassin, et Vatché, son parent, fut déclaré prince

des Mamigoniens. Mouschegh laissait un fils bien jeune encore, qui

s'appelait Hamazasp, et fut père de Vartan, que les Arméniens placent

au nombre des grands hommes qui ont illustré leur pays. Hamazasp fut

conduit dans les possessions que sa famille avait dans la province de

Daik[391], dans le nord du royaume.]

[Note 389: Voyez t. 3, p. 379 et 381, l. XVII, § 65 et 66.--S.-M.]

[Note 390: Voyez t. 3, p. 381, l. XVII, § 66.--S.-M.]

[Note 391: Il est remarquable que Moïse de Khoren ne parle qu'une

seule fois, l. 3, c. 37, de Mouschegh, et pour dire qu'il blessa le

roi d'Albanie à la bataille de Dsirav. Voyez tom. 3, p. 381, liv.

XVII, § 66. Du reste il passe entièrement sous silence les victoires

de ce général et les services qu'il rendit à sa patrie. En parlant

d'Hamazasp, qui épousa la fille du saint patriarche Sahag, et fut

père de Vartan, il néglige également de rappeler qu'il était fils de

Mouschegh. Il est difficile de rendre raison d'une pareille réticence.

Moïse de Khoren ne parle pas davantage de Manuel, frère de Mouschegh,

dont il va bientôt être question, et qui se rendit aussi célèbre en

Arménie. L'histoire d'Arménie, composée par cet auteur, est adressée à

un prince de la race des Pagratides. Est-ce à cause de cette famille

puissante et rivale de celle des Mamigoniens, qu'il a passé sous

silence les belles actions de ces derniers, ou Mouschegh et Manuel

auraient-ils eu avec les Pagratides des démêlés actuellement inconnus,

que l'auteur arménien n'osait rappeler au souvenir d'un Pagratide.

Je suis d'autant plus porté à le croire, que la défaite totale de

Méroujan, le fameux dévastateur de l'Arménie, est attribuée à Sempad le

Pagratide dans Moïse de Khoren, l. 3, c. 37, tandis qu'il est constant

par le récit de Faustus de Byzance, l. 5, c. 43, que cette défaite fut

un des exploits de Manuel le Mamigonien.--S.-M.]

[Note latérale: XLV.

[Manuel son frère se révolte contre Varazdat.]

[Faust. Byz. l. 5, c. 37.]]

--[Lorsque le roi Arsace était tombé entre les mains des Perses,

avec le connétable Vasag, père de Mouschegh, deux des enfants de ce

général avaient partagé leur sort. Ils se nommaient Manuel et Gouen. A

l'exemple de beaucoup d'autres Arméniens, ces deux princes s'étaient

mis au service de Sapor, qui les avait employés dans ses guerres

contre le grand roi des Arsacides qui dominait sur les peuples du

Kouschan[392]. Manuel et son frère s'y comportèrent vaillamment; mais

la campagne fut malheureuse, et ils perdirent les récompenses que leur

courage aurait mérité. Les troupes persanes victorieuses dans une

première affaire, éprouvèrent ensuite des revers, et l'armée de Sapor

fut entièrement détruite dans une seconde bataille. Manuel, son fils

Ardaschir et son frère furent presque les seuls qui échappèrent, après

avoir glorieusement combattu. Le désastre de son armée rendit le roi

de Perse injuste envers les guerriers Mamigoniens; il les accabla de

reproches et d'outrages, les chassa ignominieusement de sa présence, et

les renvoya dans leur pays, comme des lâches indignes de le servir. Ils

furent obligés de continuer leur route à pied. Manuel était blessé, il

ne pouvait marcher, et son frère fut contraint de le porter pendant

une partie du chemin, mais à la fin ils parvinrent à atteindre le

pays de Daron, héritage des Mamigoniens[393]. A peine y furent-ils

arrivés, que Vatché investi depuis peu de la souveraineté par Varazdat,

se hâta de s'en démettre en faveur de Manuel, à qui elle appartenait

légitimement, parce qu'il était l'aîné de la famille. Manuel n'attendit

pas les ordres de Varazdat pour en prendre possession, et il ne tarda

pas à lui écrire pour lui reprocher le meurtre de Mouschegh, et pour

revendiquer la place de connétable donnée au prince des Saharhouniens.

_Depuis long-temps_, lui disait-il, _nos ancêtres se sont dévoués

au service des Arsacides; nous nous sommes sacrifiés pour eux; mon

père Vasag est mort pour Arsace; nous n'avons épargné ni nos biens,

ni nos vies: les uns ont succombé sous le fer de vos ennemis, et

ceux qui leur ont échappé ont péri par tes ordres: telle a été leur

récompense. Le Vaillant Mouschegh, mon frère, qui dès son enfance a

combattu pour l'Arménie, qui a vaincu et anéanti les ennemis de notre

patrie, est tombé victime d'un lâche assassinat. Non, tu n'es pas du

sang des Arsacides, tu n'es que le fils de l'adultère. Nous ne sommes

pas vos serviteurs, mais vos alliés et même vos supérieurs; car nos

aïeux étaient souverains de la Chine[394]. Des discordes de famille

nous ont chassé de notre patrie; nous sommes venus parmi vous; nous y

avons trouvé le repos et nous nous y sommes fixés. Les premiers rois

Arsacides savaient qui nous étions, et tu nous méconnais, parce que tu

n'es pas de leur sang. Sors donc de l'Arménie, si tu ne veux mourir de

mes mains._ Varazdat qui croyait avoir puni dans Mouschegh l'assassin

de son frère, ne répondit pas à cette lettre en des termes moins fiers

et moins outrageants. La guerre civile menaça d'étendre alors ses

ravages sur toute l'Arménie, et les deux adversaires se préparèrent à

une lutte qui ne pouvait se terminer que par la ruine totale de l'un ou

de l'autre.]

[Note 392: Telles sont les expressions employées par Faustus de

Byzance, l. 5, c. 37. On peut, au sujet de ce peuple et de cette

branche de la race Arsacide, voir ce que j'ai dit, t. 3, p. 385-387, l.

XVII, § 67, et p. 386, not. 2 et 4.--S.-M.]

[Note 393: Voyez t. 2, p. 211, liv. X, § 4.--S.-M.]

[Note 394: Il n'y a pas de doute que le pays, appelé _Djénastan_,

et les peuples, nommés _Djen_, par les Arméniens, ne soient la Chine et

les Chinois. Je crois avoir établi ce fait dans une dissertation sur

l'origine de la famille chinoise des Orpéliens, établie en Géorgie;

dissertation que j'ai insérée dans le t. 2, p. 15-55, de mes _Mémoires

historiques et géographiques sur l'Arménie_. On peut voir aussi ce que

j'ai dit t. 2, p. 212, liv. X, § 4, sur les événements qui amenèrent

les Mamigoniens en Arménie--S.-M.]

[Note latérale: XLVI.

[Varazdat est détrôné.]

[Faust. Byz. l. 5, c. 37.

Histoire du Bas-Empire. Tome 04 · 第 121 / 388 题