--[Les désastres que la mort de Valens et l'irruption des Goths
causèrent à l'empire, contraignirent encore une fois les Romains
d'abandonner à leur sort les états de l'Orient, toujours menacés par
les entreprises des Perses, contenus depuis long-temps par la présence
de l'empereur. Heureusement que la vieillesse et les revers qu'il
avait éprouvés étaient venus mettre des bornes à l'ambition de Sapor.
Arrivé au terme d'un règne aussi long que sa vie, le Roi de Perse ne
songeait plus qu'à passer dans le repos les années qui lui restaient.
Ses généraux inquiétaient bien les frontières de l'empire, mais ce
n'était que des courses isolées, sans résultat intéressant. Ce fut un
bonheur pour l'empire, qui semblait menacé alors d'une destruction
totale. L'Arménie, grâce aux précautions prises par Valens pour s'en
assurer l'occupation militaire, avait persisté dans l'alliance des
Romains; elle était pour eux un boulevard et un poste avancé de la
plus grande importance, où régnait un prince que la présence des
lieutenants de l'empereur, réduisait à être plutôt un sujet qu'un
allié. Ce n'est pas que le roi placé par Valens sur le trône des
Arsacides, fût plus affectionné qu'aucun de ses prédécesseurs; mais
les Romains cantonnés sur toutes ses frontières et dans le centre de
ses états, ne lui permettaient pas d'hésiter. Sa nouvelle position
avait changé ses sentiments: son dévouement à la cause des Romains,
qui lui avait mérité la couronne, avait fait place au désir de régner
en monarque indépendant. Le joug lui pesait, et il ne songeait qu'à
s'en délivrer. Son courage à toute épreuve, son habileté à la guerre,
lui auraient fait tout oser; mais par malheur Varazdat était loin
d'avoir assez de prudence et de capacité pour concevoir un plan et le
mettre à exécution. Faible de caractère, il fut bientôt le jouet de
ses courtisans, qui furent sous son nom les maîtres du royaume, qu'ils
remplirent de troubles[386]. Tous les jeunes seigneurs qui avaient
été les compagnons de son enfance, obtinrent un grand crédit sur son
esprit; leur vanité présomptueuse flatta les idées d'indépendance qu'il
nourrissait déjà. Le prince des Saharhouniens[387] Bad, qui l'avait
élevé, et qui était ennemi de Mouschegh, dont il ambitionnait la
place, acquit bientôt la plus grande influence dans ses conseils; et
sans la crainte qu'inspiraient les troupes romaines et le connétable,
qu'on savait être attaché au parti de l'empire, Varazdat se serait
jeté dans les bras du roi de Perse, avec lequel il était secrètement
en relation. Celui-ci lui promettait, pour prix de sa défection, son
alliance, ses soldats et la main de sa fille[388].]
[Note 386: On a déja pu voir ci-devant, § 10, p. 111, note 2, que
Valens, avant de quitter Antioche pour marcher contre les Goths, avait
envoyé le général Victor, l'ancien compagnon de Julien, pour arranger
les affaires de l'Arménie, alors agitée de troubles, _ut super Armeniæ
statu_, dit Ammien Marcellin, l. 31, c. 7, _pro capturerum componeret
impendentium_.--S.-M.]
[Note 387: La position du canton des Saharhouniens n'est pas
connue. Il paraît cependant qu'il était dans la partie orientale de
l'Arménie, vers les frontières de l'Albanie.--S.-M.]
[Note 388: Moïse de Khoren dit, l. 3, c. 40, que Varazdat avait
envoyé à Sapor des députés chargés de lui offrir la soumission du
royaume d'Arménie, s'il voulait consentir à lui donner une de ses
filles pour épouse.--S.-M.]
[Note latérale: XLIV.
[Assassinat du connétable Mouschegh.]
[Amm. l. 31, c. 7.