Mém. Acad. des Inscript. t. 15, p. 125, et suiv.]

Le jeune prince ne se vit pas plutôt maître de nommer les deux consuls,

qu'il voulut donner à son précepteur Ausone une marque éclatante de

sa reconnaissance. Ausone[380], né à Bordeaux, avait d'abord suivi le

barreau. Il le quitta pour prendre une chaire de Grammaire et ensuite

de Rhétorique, qu'il enseigna long-temps dans sa patrie. Appelé à

la Cour par Valentinien, il fut chargé de l'instruction de Gratien,

déja Auguste; et il l'accompagna dans l'expédition d'Allemagne en

368. Il en ramena une jeune captive, nommée Bissula, dont il devint

bientôt l'esclave, et qui contribua à égayer sa Muse naturellement

lascive et licencieuse. Il fut honoré du titre de questeur; et après

la mort de Valentinien, Gratien le fit préfet du prétoire, d'abord

d'Italie, ensuite des Gaules. Il était revêtu de cette dernière

dignité, lorsqu'il fut élevé au consulat; et ce fut pour cette raison

que Gratien lui donna le rang au-dessus d'Olybrius, son collègue, qui

avait été préfet de Rome en 368, et les deux années suivantes. Ausone

nous a conservé la lettre par laquelle l'empereur lui annonça sa

promotion; elle était conçue en ces termes: _Lorsque je délibérais sur

le choix des consuls que je devais nommer pour l'année prochaine, je

me suis adressé à Dieu pour consulter sa volonté, comme vous savez que

je fais dans toutes mes entreprises, et comme vous souhaitez vous-même

que je fasse. J'ai cru lui obéir en vous désignant premier consul. Je

vous rends ce que je vous dois, et je ne suis pas encore quitte avec

vous après vous l'avoir rendu._ Quoique cette lettre semble former un

préjugé favorable à la piété d'Ausone, la religion de ce poète n'en est

pas moins problématique. Entre les critiques, les uns faisant attention

à quelques pièces chrétiennes répandues dans ses écrits, soutiennent

qu'il était chrétien; d'autres prétendent que ces pièces lui sont

faussement attribuées, et que le paganisme qui respire dans ses

véritables ouvrages, ne permet pas de douter qu'il fût païen. Ce qu'il

y a de plus certain, c'est que l'extrême licence de ses poésies prouve

que s'il était chrétien, il ne l'était que de nom. La faveur s'étendit

sur toute sa famille[381]: Jules Ausone, son père, qui était médecin,

porta le titre de préfet d'Illyrie: Hespérius, son fils, fut vicaire de

Macédoine[382], proconsul d'Afrique[383], enfin préfet du prétoire des

Gaules, conjointement avec lui[384]; Thalassius, son gendre, fut aussi

proconsul d'Afrique[385].

[Note 380: Il se nommait Decimus Magnus Ausonius. On ignore

l'époque précise de sa naissance; sa famille était honorable, _non

pœnitendam_, dit-il. Son père Julius Ausonius était médecin et mourut

en 377, âgé d'environ quatre-vingt-dix ans. Son fils avait obtenu pour

lui de l'empereur, le rang de préfet honoraire de l'Illyrie.--S.-M.]

[Note 381: Ausone avait épousé Attusia Lucana Sabina, fille

d'Attusius Lucanus Talisius, l'un des citoyens les plus distingués de

Bordeaux. Elle mourut à l'âge de vingt-huit ans.--S.-M.]

[Note 382: C'est en l'an 376 qu'il était en Macédoine.--S.-M.]

[Note 383: Il occupa cette charge en 376 et 377 pendant dix-huit

mois.--S.-M.]

[Note 384: C'est-à-dire dans les années 378, 379 et 380.--S.-M.]

[Note 385: En 378, sans doute après Hespérius. On cite plusieurs

autres parents ou alliés d'Ausone, revêtus de hautes dignités, ou qui

avaient rempli de grandes charges.--S.-M.]

[Note latérale: XLIII.

[Etat de l'Arménie sous le règne de Varazdat.]

[Faust. Byz. l. 5, c. 35.

Histoire du Bas-Empire. Tome 04 · 第 119 / 388 题