Cependant le comte Victor, aussitôt après la défaite, était allé porter
à Gratien cette triste nouvelle. Peu de temps après on fut informé de
la mort de Valens; et ce fut pour l'empereur et pour tout l'empire un
surcroît d'affliction. Gratien se rendit en diligence à Constantinople
à travers mille périls: dans le désordre où il voyait les affaires, il
se souvint de Théodose, qui après la mort de son père s'était retiré de
la cour. Il sentit quel secours l'empire, sur le penchant de sa ruine,
pourrait tirer de la valeur et de l'expérience de ce guerrier, et il
résolut de le rappeler. Théodose vivoit depuis deux ans à Cauca[374]
sa patrie, que les uns placent en Galice, les autres dans le pays
des Vaccéens, aujourd'hui la province de Béïra en Portugal. Quelques
auteurs le font naître à Italica près de Séville, patrie de Trajan; ils
prétendent même, sans beaucoup de fondement, qu'il était de la famille
de cet empereur; mais ce fut un plus grand honneur à Théodose d'avoir
les vertus de Trajan, que de lui appartenir par la naissance[375].
La gloire de son père et la sienne l'avaient suivi dans son exil
volontaire. Soumis aux lois, sobre, laborieux, aussi libéral qu'il
était riche, il faisait, sans le savoir, dans l'état de particulier
le plus utile apprentissage de la souveraineté. Il secourait ses amis
et ses compatriotes de ses conseils et de sa fortune: la misère des
provinces, qu'il voyait de près, lui imprimait dès lors ces tendres
sentiments, que la Providence devait bientôt rendre efficaces. Souvent
il se retirait à la campagne, et trouvait un délassement innocent dans
les travaux de l'agriculture. Il avait épousé Flaccilla[376], vraiment
digne de lui par sa vertu et par sa noblesse: il en avait déja un fils
nommé Arcadius[377], lorsqu'il reçut l'ordre de retourner auprès de
l'empereur. Il quitta sa retraite en soupirant, sans désirer ni prévoir
la haute fortune qui l'attendait à la cour.
[Note 374: Ἐκ μὲν τῆς ἐν Ἰβηρίᾳ Καλλεγίας, πόλεως δὲ Καύκας
ὁρμώμενον. Zos. lib. 4, cap. 24.--S.-M.]
[Note 375: _Ulpia progenies_, dit Claudien, in 4º consul. Honor. v.
19.--S.-M.]
[Note 376: Ælia Flaccilla était espagnole, et fille d'un Antoine
qui fut fait consul en 382.--S.-M.]
[Note 377: Il était né en l'an 377.--S.-M.]
[Note latérale: XL.