Amm. l. 31, c. 15.]

Pendant la nuit qui suivit la bataille, les Romains échappés de la

défaite se dispersèrent de toutes parts. Dès que le jour parut, la plus

grande partie des Barbares marcha vers Andrinople; ils savaient par le

rapport des transfuges, que les grands officiers de l'empire et les

trésors de Valens y étaient renfermés. Ils y arrivèrent sur les neuf

heures du matin, et environnèrent la ville, résolus de braver tous

les périls d'une attaque précipitée. Les habitants n'étaient pas moins

déterminés à se bien défendre: le pied des murs était au dehors bordé

d'une multitude de fantassins et de cavaliers, qu'on n'avait pas voulu

recevoir dans la ville, et qui, écartant l'ennemi à coups de flèches

et de pierres, défendirent pendant cinq heures l'approche du fossé,

toujours en butte eux-mêmes à tous les traits de l'ennemi. Enfin, la

plupart ayant perdu la vie, trois cents qui restaient encore, mirent

bas les armes, et passèrent du côté des Barbares qui les égorgèrent

sans miséricorde. Ce spectacle inspira tant d'horreur aux habitants,

qu'ils résolurent de périr plutôt que de se rendre. Les Goths,

s'avançant jusqu'au bord du fossé, faisaient pleuvoir sur la muraille

une grêle de traits, lorsqu'un furieux orage, mêlé de tonnerres

affreux, les obligea de se retirer à l'abri de leurs chariots. De

là ils firent sommer les assiégés de se rendre sur-le-champ, leur

promettant la vie sauve. Le porteur de cet ordre n'ayant pas été reçu

dans la ville, ils y envoyèrent un prêtre chrétien[365]. La lettre fut

lue et méprisée; on employa le reste du jour et une partie de la nuit

suivante, à préparer tout ce qui était nécessaire pour une vigoureuse

défense. On doubla les portes en dedans de gros quartiers de pierres;

on fortifia les endroits les plus faibles; on dressa les batteries; on

plaça de distance en distance des vases remplis d'eau, parce que la

veille plusieurs soldats qui bordaient le haut de la muraille, étaient

morts de soif.

[Note 365: Ammien Marcellin dit seulement, l. 31, c. 15,

que c'était un chrétien, _per christianum quemdam portatis

scriptis_.--S.-M.]

[Note latérale: XXXIV.

Histoire du Bas-Empire. Tome 04 · 第 110 / 388 题