Il avait régné quatorze ans, quatre mois et treize jours[364]. Ses
actions, que nous avons racontées, suffisent pour donner une juste
idée de son caractère. Il ne sera pourtant pas inutile d'y ajouter
quelques traits, qui pourraient n'avoir pas été assez sentis dans le
détail de son histoire. Il se déterminait lentement, soit à donner les
charges, soit à les ôter. Il était ennemi des brigues formées pour les
obtenir, et s'étudiait surtout à réprimer l'ambition de ses parents.
Jamais l'empire d'Orient ne fut moins chargé d'impôts que sous son
règne; son avarice n'osait s'attaquer qu'aux biens des particuliers;
mais il ménageait les provinces, modérant les tributs déjà établis,
n'en imposant pas de nouveaux, exigeant sans rigueur les anciennes
redevances, ne pardonnant jamais les concussions aux hommes en place.
Il avait grand soin de s'instruire de l'état de ses finances. Ses
prédécesseurs étaient dans l'usage d'abandonner à ceux qu'ils voulaient
gratifier, les biens dévolus au fisc; ce qui redoublait l'avidité
des courtisans. Valens permettait à chacun de défendre ses droits
contre les entreprises du fisc; et quand les biens étaient déclarés
caducs, il en partageait la donation entre trois ou quatre personnes,
afin de diminuer l'empressement à poursuivre, en diminuant le profit
qu'on pouvait retirer des poursuites. Il répétait souvent cette belle
parole d'un ancien: _que c'est aux pestes, aux tremblements de terre,
et aux autres fléaux de la nature, à faire périr les hommes, mais
aux princes à les conserver_. Cette maxime ne fut jamais que dans sa
bouche. L'histoire de son règne nous montre un prince sans lumières
pour connaître ses devoirs, sans activité pour les remplir, injuste,
sanguinaire, qui ne fit paraître de vigueur qu'à persécuter l'Église.
Il ne laissa de sa femme Dominica que deux filles, Carosa et Anastasia.
L'une des deux épousa Procope qui n'est guère connu que par le titre de
gendre de Valens.
[Note 364: Il était âgé d'environ cinquante ans, _quinquagesimo
anno contiguus_, dit Ammien Marcellin, l. 31, c. 14.--S.-M.]
[Note latérale: XXXIII.
Les Goths assiègent Andrinople.