Cedren. t. 1, p. 314.]

Valens ne parut plus depuis cette funeste journée. On ne retrouva pas

même son corps. Personne n'osa pendant plusieurs jours approcher du

champ de bataille, où les vainqueurs s'arrêtèrent pour dépouiller les

morts. Toutes les circonstances de la mort de Valens, rapportées par

les historiens, ne sont fondées que sur des bruits incertains[357].

Les uns disent qu'au commencement de la nuit, ce prince, ayant pris

l'habit d'un simple soldat, et s'étant mêlé dans la foule des fuyards,

fut tué d'un coup de flèche. Libanius le fait mourir en héros: il dit

que ses officiers le conjurant de mettre sa personne en sûreté, et ses

écuyers lui offrant d'excellents chevaux, il répondit: _qu'il serait

indigne de lui de survivre à tant de braves gens, et qu'il voulait

s'ensevelir avec eux_; qu'en même temps il se jeta dans le fort de la

mêlée, et qu'il périt en combattant. L'opinion la plus généralement

reçue, c'est que ce prince étant blessé, et ne pouvant plus se tenir

à cheval, fut porté dans une cabane par quelques-uns de ses eunuques;

là, tandis qu'on pansait ses blessures, survint une troupe d'ennemis,

qui, trouvant de la résistance, et ne voulant pas s'arrêter devant

cette chaumière, où ils ignoraient que fût l'empereur, y mirent le feu

et la brûlèrent avec ceux qui s'y étaient renfermés; il n'en échappa

qu'un seul, et ce fut de lui que les Goths apprirent la fin tragique

de Valens. Ils furent très-affligés d'avoir perdu l'honneur de tenir

entre leurs mains le chef de l'empire[358]. On ajoute qu'après la

retraite des Barbares, comme on cherchait entre les cendres de cette

cabane les os de Valens, dont on ne put retrouver un seul, on découvrit

un ancien tombeau avec cette inscription: _Ici est enterré Mimas,

capitaine macédonien_[359]. Ce fait, s'il était véritable, serait

l'accomplissement de l'oracle, que nous avons rapporté dans l'histoire

de Théodore. Valens, naturellement timide, avait été si frappé de cette

prédiction, que ne connaissant du nom de Mimas que la montagne voisine

de la ville d'Erythres en Ionie, il ne pouvait, depuis ce temps-là,

entendre sans trembler le nom de cette province[360]. Quelques auteurs

rapportent qu'avant la bataille il avait consulté les devins pour

savoir quel en serait le succès, et qu'il fut trompé, comme il était

ordinaire, par des réponses équivoques.

[Note 357: _Neque enim vidisse se quisquam vel præsto fuisse

adseveravit_, dit Ammien Marcellin, l. 31, c. 13.--S.-M.]

[Note 358: C'est principalement dans le récit d'Ammien

Marcellin, qu'ont été puisées toutes ces circonstances de la mort de

Valens.--S.-M.]

[Note 359: Ἐνταῦθα κεῖται Μίμας Μακέδων στρατηγέτης.--S. M.]

[Note 360: Presque tous les auteurs originaux rapportent ces

prédictions controuvées.--S.-M.]

[Note latérale: XXXI.

Histoire du Bas-Empire. Tome 04 · 第 107 / 388 题