Valens ne parut plus depuis cette funeste journée. On ne retrouva pas
même son corps. Personne n'osa pendant plusieurs jours approcher du
champ de bataille, où les vainqueurs s'arrêtèrent pour dépouiller les
morts. Toutes les circonstances de la mort de Valens, rapportées par
les historiens, ne sont fondées que sur des bruits incertains[357].
Les uns disent qu'au commencement de la nuit, ce prince, ayant pris
l'habit d'un simple soldat, et s'étant mêlé dans la foule des fuyards,
fut tué d'un coup de flèche. Libanius le fait mourir en héros: il dit
que ses officiers le conjurant de mettre sa personne en sûreté, et ses
écuyers lui offrant d'excellents chevaux, il répondit: _qu'il serait
indigne de lui de survivre à tant de braves gens, et qu'il voulait
s'ensevelir avec eux_; qu'en même temps il se jeta dans le fort de la
mêlée, et qu'il périt en combattant. L'opinion la plus généralement
reçue, c'est que ce prince étant blessé, et ne pouvant plus se tenir
à cheval, fut porté dans une cabane par quelques-uns de ses eunuques;
là, tandis qu'on pansait ses blessures, survint une troupe d'ennemis,
qui, trouvant de la résistance, et ne voulant pas s'arrêter devant
cette chaumière, où ils ignoraient que fût l'empereur, y mirent le feu
et la brûlèrent avec ceux qui s'y étaient renfermés; il n'en échappa
qu'un seul, et ce fut de lui que les Goths apprirent la fin tragique
de Valens. Ils furent très-affligés d'avoir perdu l'honneur de tenir
entre leurs mains le chef de l'empire[358]. On ajoute qu'après la
retraite des Barbares, comme on cherchait entre les cendres de cette
cabane les os de Valens, dont on ne put retrouver un seul, on découvrit
un ancien tombeau avec cette inscription: _Ici est enterré Mimas,
capitaine macédonien_[359]. Ce fait, s'il était véritable, serait
l'accomplissement de l'oracle, que nous avons rapporté dans l'histoire
de Théodore. Valens, naturellement timide, avait été si frappé de cette
prédiction, que ne connaissant du nom de Mimas que la montagne voisine
de la ville d'Erythres en Ionie, il ne pouvait, depuis ce temps-là,
entendre sans trembler le nom de cette province[360]. Quelques auteurs
rapportent qu'avant la bataille il avait consulté les devins pour
savoir quel en serait le succès, et qu'il fut trompé, comme il était
ordinaire, par des réponses équivoques.
[Note 357: _Neque enim vidisse se quisquam vel præsto fuisse
adseveravit_, dit Ammien Marcellin, l. 31, c. 13.--S.-M.]
[Note 358: C'est principalement dans le récit d'Ammien
Marcellin, qu'ont été puisées toutes ces circonstances de la mort de
Valens.--S.-M.]
[Note 359: Ἐνταῦθα κεῖται Μίμας Μακέδων στρατηγέτης.--S. M.]
[Note 360: Presque tous les auteurs originaux rapportent ces
prédictions controuvées.--S.-M.]
[Note latérale: XXXI.