Zos. l. 4, c. 23 et 24.]

Ce succès, et quelques autres encore, que Sébastien n'oubliait pas

d'exagérer dans les lettres qu'il écrivait à Valens, relevaient le

courage de ce prince; mais ce qui le piquait vivement, c'était la

célèbre victoire de son neveu, dont il reçut alors la nouvelle. Il

n'aimait pas Gratien ennemi de l'arianisme, et qui, sans le consulter,

avait reconnu un nouvel empereur. Jaloux de la gloire que ce jeune

prince venait d'acquérir, Valens brûlait d'envie de l'effacer par un

exploit éclatant[341]. Il se voyait à la tête d'une belle armée; les

vétérans, qu'il avait imprudemment congédiés, étaient revenus joindre

leurs drapeaux; tout ce qu'il y avait de bons officiers dans l'empire,

marchaient à sa suite. Trajan même, quoique disgracié, n'avait pas

voulu manquer à son prince dans une occasion si importante. L'empereur

partit donc de Mélanthias; et étant averti que les ennemis, afin de lui

couper le passage des vivres, se disposaient à se rendre maîtres des

défilés du mont Rhodope, dès qu'il les aurait traversés, il y laissa un

corps de cavalerie et d'infanterie. Trois jours après son départ, il

apprit que les Barbares marchaient vers Nicée[342], et qu'ils étaient

déja à quinze milles d'Andrinople. Sur un faux rapport de ses coureurs,

qu'ils n'étaient qu'au nombre de dix mille hommes, il se hâta d'aller

à leur rencontre. Il fut bientôt détrompé par des avis plus certains.

Pendant qu'il se retranchait près d'Andrinople[343], arriva Richomer

avec les lettres de Gratien, qui le priait de l'attendre. Valens

assembla le conseil; Sébastien et la plupart des officiers opinaient

à donner bataille sans aucun délai: ils disaient que _l'empereur ne

devait partager avec personne l'honneur d'une victoire assurée; que les

Barbares, déjà vaincus les jours précédents, n'étaient pas en état

de la disputer_. Victor, général de la cavalerie[344], plus sage et

plus expérimenté que Sébastien, pensait au contraire, qu'_il fallait

profiter de la jonction des légions gauloises, pour faciliter la

victoire; qu'il serait même plus prudent de ne rien hasarder contre une

si grande multitude de barbares; de les affaiblir par des surprises et

des attaques réitérées; de leur couper les vivres, et de les réduire

par la famine à se rendre, ou à se retirer des terres de l'empire_.

Mais les conseils de Victor, autrefois si estimés de Julien, avaient

moins de crédit auprès de Valens que les flatteries de ses courtisans.

Son avis ne fut pas écouté, et la bataille fut décidée.

[Note 341: _E Melanthiade signa commovit, æquiparare facinore

quodam egregio adolescentem properans filium fratris, cujus virtutibus

urebatur._ Amm. Marc., l. 31, c. 12.--S.-M.]

[Note 342: Cette ville qui faisait partie de la division de la

Thrace, qu'on appelait Hémimont à cause de sa situation au pied du mont

Hémus, était à 145 milles de Constantinople, non loin d'Andrinople.

Cette ville est célèbre dans l'histoire ecclésiastique par le

formulaire, que les Ariens y firent signer aux députés du concile de

Rimini et à presque tous les évêques.--S.-M.]

[Note 343: Près du faubourg d'Andrinople, _prope suburbanum

Hadrianopoleos_. Amm. Marc., l. 31, c. 12.--S.-M.]

[Note 344: Ammien Marcellin nous apprend à cette occasion, que cet

habile général, dont il a été si souvent question sous le règne de

Julien, n'était pas Romain, mais Sarmate. _Victor_, dit-il, _nomine

magister equitum, Sarmata_. Ammien Marcellin, l. 31, c. 12.--S.-M.]

[Note latérale: XXV.

Histoire du Bas-Empire. Tome 04 · 第 101 / 388 题