Il paraît que la modestie n'était pas une des vertus de Sébastien. Il
partit à la tête de son détachement[339], promettant à Valens qu'il
apprendrait bientôt de ses nouvelles. A son approche d'Andrinople les
habitants, craignant quelque surprise, fermèrent leurs portes, et se
mirent en devoir de le repousser. Mais après l'avoir reconnu, ils le
reçurent avec joie. Dès le lendemain il sortit sans bruit, et ayant
appris de ses coureurs qu'on apercevait sur les bords de l'Hèbre un
grand corps d'ennemis qui ravageaient la campagne, il attendit la
nuit. Alors faisant filer ses troupes derrière des éminences et par
des chemins fourrés, il surprit les Goths à la faveur des ténèbres,
tomba sur eux avec furie, et n'en laissa échapper qu'un petit nombre.
Il reprit en cette occasion une si prodigieuse quantité de butin, que
la ville et les plaines d'alentour ne pouvaient le contenir. Fritigerne
alarmé de cet échec rappela tous ses partis répandus dans la Thrace, et
se retira près de la ville de Cabyle[340], dans des plaines fertiles et
découvertes, où il n'avait à craindre ni la disette ni la surprise.
[Note 339: Il était de deux mille hommes, selon Zosime, l. 4, c.
23.--S.-M.]
[Note 340: Cette ville située dans le centre de la Thrace était,
selon l'Itinéraire d'Antonin, à 78 milles an nord d'Andrinople.--S.-M.]
[Note latérale: XXIV.
Valens marche aux ennemis.
Amm. l. 31. c. 12.
[Liban, vit. t. 2, p. 58.]