Alsat. illust. p. 193.]

Tous les Lentiens prirent aussitôt les armes, et l'on vit rentrer

en Gaule quarante mille combattants[314], qui ne respiraient que

vengeance. Gratien alarmé de cette irruption imprévue, rappela les

cohortes qui étaient déja en Pannonie; et ayant rassemblé ce qui

restait de troupes dans la Gaule, il en donna le commandement au comte

Nanniénus[315], et à Mallobaud[316]. Celui-ci était un roi des Francs,

qui s'était attaché au service de l'empire, et qui tenait à honneur

de porter le titre de comte des domestiques. Nanniénus, naturellement

circonspect, voulait différer le combat[317]; mais Mallobaud, dont le

courage était ardent et impétueux, brûlait d'impatience d'en venir aux

mains. Son avis l'emporta; on marcha aux Allemans, qui attendirent

fièrement les Romains dans la plaine d'Argentaria[318]. Cette ville,

alors une des principales de la première Germanie, n'est plus

maintenant qu'un village nommé _Horburg_, sur la droite de la rivière

d'Ill, vis-à-vis de Colmar[319]. Le combat était à peine engagé, que

les Romains, frappés d'une terreur panique, se débandèrent, et se

jetèrent à l'écart dans des sentiers étroits et couverts de bois.

Ce désordre qui devait causer leur perte, leur procura le succès.

S'étant ralliés presque aussitôt, ils revinrent à la charge avec tant

d'audace, que les Barbares s'imaginèrent que Gratien venait d'arriver

avec des troupes fraîches[320]. La terreur passa de leur côté; ils

se retirèrent, mais en bon ordre, s'arrêtant de temps en temps pour

disputer la victoire qu'ils n'abandonnaient qu'à regret; et l'on peut

dire qu'au lieu d'une bataille, cette journée vit plusieurs sanglants

combats. Enfin les Allemans toujours vaincus et réduits au nombre de

cinq mille, se sauvèrent à la faveur des bois[321]. Ils laissèrent

trente mille morts, entre lesquels se trouva leur roi Priarius[322],

qui mourut les armes à la main. Le reste fut fait prisonnier.

[Note 314: Ou même au nombre de soixante-dix milles, ajoute Ammien

Marcellin, l. 31, c. 10, comme l'ont dit quelques-uns par flatterie,

pour augmenter la gloire de leur vainqueur. _Cum quadraginta armatorum

millibus, vel septuaginta, ut quidam laudes extollendo principis

jactitarunt._--S.-M.]

[Note 315: Ce général était sans doute le même que le comte

_Nannenus_ ou _Nanneius_, dont il a déja été question à propos de la

guerre contre les Saxons. Voyez t. 3, p. 409, l. XVIII, § 18. Ammien

Marcellin en parle comme d'un officier également brave et prudent.

_Nannieno negotium dedit (Gratianus)_, dit-il, l. 31, c. 10, _virtutis

sobriæ duci_.--S.-M.]

[Note 316: _Eique junxit Mallobaudem pari potestate collegam,

domesticorum comitem, regemque Francorum, virum bellicosum et fortem._

Amm. Marc. l. 31, c. 10.--S.-M.]

[Note 317: _Nannieno pensante fortunarum versabiles casus, ideoque

cunctandum esse censente._ Amm. Marc. l. 31, c. 10.--S.-M.]

[Note 318: La ville d'_Argentaria_, qui donnait son nom à cette

plaine, a été appelée _Argentovaria_ par plusieurs auteurs anciens, ce

qui me paraît plus exact.--S.-M.]

[Note 319: Ce point de géographie ancienne me semble avoir

été solidement établi par le savant Schoëpflin, dans son _Alsatia

illustrata_, t. 1, pag. 193 et seq.--S.-M.]

[Note 320: Il semblerait par les termes dont se sert Ammien

Marcellin, que les troupes de Gratien arrivèrent effectivement. _Et

splendore consimili_, dit-il, _proculque nitore fulgentes armorum,

imperatorii adventus injecere Barbaris metum_. Ce qui prouve qu'il faut

entendre ainsi cet historien, c'est qu'il rapporte qu'aussitôt après la

bataille, Gratien se mit en marche pour l'Orient. _Hac læti successus

fiduciâ Gratianus erectus, jamque ad partes tendens Eoas._ Amm. Marc.

l. 31, c. 10.--S.-M.]

[Note 321: _Ex prædicto numero non plus quam quinque millia ut

æstimabatur evaderent densitate nemorum tecta._ Amm. Marc. l. 31, c.

10.--S.-M.]

[Note 322: _Rege quoque Priario interfecto._ Quelques savants ont

cru qu'il fallait lire un peu autrement les manuscrits de l'historien

latin et que ce roi devait s'appeler Priamus; ils se fondent sur ce

qu'il est dit dans la Chronique de Prosper, qu'en la 4e année de

Gratien, c'est-à-dire en l'an 379, un certain Priamus régna sur les

Francs. IV _Gratiani anno, Priamus quidam regnat in Francia, quantum

altius colligere potuimus._--S.-M.]

[Note latérale: XIX.

Histoire du Bas-Empire. Tome 04 · 第 95 / 388 题