Gratien se préparait aussi à marcher au secours de son oncle, et
il avait déjà fait prendre les devants à plusieurs cohortes[310],
lorsqu'il se vit obligé lui-même de défendre ses États. L'exemple des
Goths avait réveillé les Barbares voisins de la Gaule. Les Allemans
nommés Lentiens, dont le pays s'étendait vers la Rhétie[311], rompant
le traité fait avec eux sous le règne de Constance, commencèrent à
ravager la frontière. Ils étaient attirés par un de leurs compatriotes,
qui servait dans les gardes de Gratien; et croyant trouver la Gaule
dégarnie de troupes, ils se divisèrent en plusieurs corps, passèrent le
Rhin sur les glaces au mois de Février[312], et coururent au pillage.
Deux légions[313] qui campaient dans le voisinage, tombèrent sur eux,
et les forcèrent de repasser le fleuve avec une grande perte.
[Note 310: Elles étaient déja arrivées en Pannonie, dit Ammien
Marcellin, l. 31, c. 10--S.-M.]
[Note 311: _Lentiensis Alamannicus populus, tractibus Rhætiarum
confinis._ Amm. Marc. l. 51, c. 10. La Rhétie répondait au pays des
Grisons, et à une partie du Tyrol, de la Bavière, de la Souabe, du
Voralberg et de la Suisse.--S.-M.]
[Note 312: _Rhenum gelu pervium pruinis februario mense..._
Il se trouve après ces mots une lacune dans le texte d'Ammien
Marcellin.--S.-M.]
[Note 313: C'étaient les Pétulans et les Celtes.--S.-M.]
[Note latérale: XVIII.
Bataille d'Argentaria.
Amm. l. 31, c. 10. et ibi Vales.
Hier. chron.
Oros. l. 7, c. 33.
Vict. epit. p. 231.
Till. Gratien. not. 10.