Bataille de _Salices_.]

Aux premiers traits de la lumière, les trompettes sonnèrent dans les

deux camps: on prit les armes; et les Barbares après avoir, selon leur

usage, fait serment entre eux de vaincre ou de mourir[292], allèrent

en courant s'emparer des éminences, pour se porter de là avec plus de

force et de rapidité sur l'armée ennemie. Les Romains se rangèrent

dans la plaine, chacun ferme dans son poste, sans qu'aucun sortît de

la ligne. Les deux armées restèrent ainsi quelque temps immobiles,

s'observant l'une l'autre, dans une contenance fière et menaçante. Les

troupes de Valens s'animèrent par le cri accoutumé[293], et les Goths

par des chansons guerrières sur les exploits de leurs ancêtres[294].

Le combat s'engagea par de légères escarmouches. Après les décharges

de flèches et de javelots, ils s'approchèrent la pique baissée, et

couverts de leurs boucliers, ils se choquèrent avec fureur. Les Goths

plus dispos et plus agiles, se ralliaient plus aisément, lorsque

leurs rangs étaient rompus. Une partie d'entre eux était armée de

fortes massues d'un bois durci au feu, qu'ils maniaient avec beaucoup

de dextérité. L'aile gauche des Romains pliait déjà, et allait se

mettre en déroute, si elle n'eût été soutenue par un grand corps

qui se détacha du centre et repoussa les ennemis. Le carnage devint

horrible; tout se mêla; on combattait, on fuyait de part et d'autre.

Les cavaliers taillaient en pièces, à grands coups de sabre, les

fantassins qui fuyaient; les fantassins coupant les jarrets des

chevaux, abattaient les cavaliers, et les tuaient à terre. Le champ

de bataille était jonché de morts, de mourants, de blessés. Cet

affreux spectacle animait encore la rage des combattants; comme s'ils

reprenaient de nouvelles forces dans le sang de leurs camarades, ils ne

se lassaient ni de porter ni de recevoir des coups; et la fin du jour

les surprit encore affamés de carnage. La nuit les sépara malgré eux;

ils retournèrent dans leur camp, frémissant de fureur, et désespérés

de laisser sur la place un si grand nombre de leurs plus braves

soldats. Cette journée fut également funeste aux deux partis. La perte

des Romains fut moindre à la vérité, mais beaucoup plus sensible que

celle des Barbares, dont le nombre était fort supérieur. On enterra

à la hâte les officiers les plus distingués; le reste fut abandonné

sans sépulture; et après les ravages et les combats de cette guerre

meurtrière, les plaines de Thrace dépouillées de culture et blanchies

d'ossements, ne présentèrent pendant plusieurs années que les horreurs

d'un vaste cimetière[295].

[Note 292: _Barbari inter eos ex more juratum est._ Amm. Marc. l.

31, c. 7.--S.-M.]

[Note 293: _Romani voce undique Martia concinentes, a minore solita

ad majorem protolli, qua gentilitate appellant barritum._ Amm. Marc. l.

31, c. 7.--S.-M.]

[Note 294: _Barbari majorum laudes clamoribus stridebant

inconditis._ Amm. Marc. l. 31, c. 7. Jornandès parle plusieurs fois

des chants nationaux des Goths, et plus particulièrement de ceux qui

étaient consacrés à la gloire des héros Ethesmapar, Hanala, Fridigerne

et Widicula. _Cantu_, dit-il, c. 5, _majorum facta modulationibus,

citharisque canebant, Ethesmaparæ, Hanalæ, Fridigerni, Widiculæ, et

aliorum, quorum in hac gente magna opinio est, quales vix heroas fuisse

miranda jactat antiquitas_.--S.-M.]

[Note 295: _Humatis denique pro locorum et temporis ratione

honoratis quibusdam inter defunctos, reliqua peremptorum corpora diræ

volucres consumpserunt, assuetæ illo tempore cadaveribus pasci, ut

indicant nunc usque albentes ossibus campi._ Amm. Marc. l. 31, c.

7.--S.-M.]

[Note latérale: XIII.

Suites de la bataille.

Histoire du Bas-Empire. Tome 04 · 第 89 / 388 题